RDC : L’Eglise catholique inquiète de ne voir « aucun changement » depuis l’élection de Félix Tshisekedi

Le cardinal Laurent Monsengwo et l'abbé Nshole, respectivement président et secrétaire général de la CENCO © DR

Dans une lettre publiée cette semaine, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), très influente dans le pays, s’inquiète de ne voir aucun changement depuis l’avènement du nouveau président. 

C’est une première depuis les élections de décembre dernier. Et peut-être un tournant. Du 17 au 21 juin 2019 s’est tenue à Kinshasa la 56ème assemblée plénière ordinaire de la CENCO. A cette occasion, la hiérarchie de l’Eglise catholique s’est penchée sur « la situation actuelle du pays. »

Le constat tiré par les évêques est à la fois amer et inquiet. « Les élections du 30 décembre 2018 ont suscité un espoir de changement dans le pays. Le Peuple s’est exprimé pour une véritable rupture avec l’ancien système de gouvernance, en vue d’avoir des dirigeants qui le mettraient au centre de leurs préoccupations », commence par rappeler la CENCO.

« Cependant », s’inquiète-t-elle aussitôt, « plus les jours passent, plus nous constatons que la situation n’évolue pas. L’élan pris pour l’avènement d’une nouvelle ère a été brisé par de sérieuses entraves de tous ordres. » Et les évêques de déplorer le fait que « cet état des choses compromet l’avenir (du) pays sur plusieurs plans.

Félix Tshisekedi ne semble disposer ni de la capacité, ni de la volonté de faire contrepoids à Joseph Kabila

La CENCO tire la sonnette d’alarme au moment où les maigres espoirs de voir une véritable alternance en RDC semble s’évanouir, six mois après l’investiture de Félix Tshisekedi. La libération de quelques prisonniers politiques et le retour d’une poignée d’exilés n’auront été qu’un écran de fumée et l’alternance, tant claironnée, qu’un concept marketing.

De fait, les opposants les plus craints par le régime font l’objet de restrictions de toutes sortes (Moïse Katumbi interdit de se rendre à Goma et d’effectuer une tournée dans le pays ; son bras droit, Salomon Kalonda, toujours privé de passeport et interdit de rentrer chez lui ; les marches pacifiques de la coalition Lamuka prohibées sur la base de motifs spécieux…).

Pendant ce temps, la présidence dilapide l’argent public et est soupçonnée par certains de détournement de fonds (lire nos articles ici et ici). Quant au pays, dont la situation sécuritaire, économique et sociale ne s’arrange pas, loin s’en faut, ses priorités sont reléguées au second rang, les dirigeants RD congolais étant manifestement davantage préoccupés par les questions de postes.

Pour autant, cette situation, fruit du processus électoral chaotique de décembre dernier, ne surprend guère. Le véritable, pour ne pas dire l’unique, maître du pays reste à ce jour Joseph Kabila. Sur les vrais sujets, ceux qui intéressent les millions de Congolais, Félix Tshisekedi ne semble disposer ni de la capacité, ni de la volonté de lui faire contrepoids.