Polémique au sujet du marché de la réhabilitation du Palais présidentiel en RDC attribué à une obscure société pour 180 millions d’euros : Sans convaincre, les proches de Félix Tshisekedi crient à la fake news

Depuis l'investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République le 24 janvier dernier, les scandales financiers et les soupçons de détournement de fonds se sont multipliés en RDC © Twitter/Présidence RDC

Diverses sources, en particulier au sein de la Banque centrale du Congo (BBC) confirment l’authenticité des documents qui ont circulé hier sur les réseaux sociaux, de même que l’enregistrement récent (le 31 mai dernier) de la société Democratic Congo High Tech Construction Company (DCHTCC), bénéficiaire du marché de réhabilitation du Palais présidentiel attribué de gré à gré par la présidence RD congolaise, en dérogation totale aux règles des marchés publics.

L’affaire fait scandale en RDC. Elle éclabousse un peu plus Félix Tshisekedi, le président, et son directeur de cabinet, Vital Kamerhe, accusé depuis leur nomination de « taper dans la caisse»

Il faut dire que depuis leur entrée en fonction, en janvier dernier, l’argent coule à flot à la présidence. A la fin du mois de mai, selon les chiffres du ministère du Budget, l’institution avait dépassé de 391 % le plafond des dépenses de fonctionnement autorisées pour… l’année entière.

A ces dépenses du quotidien s’ajoutent de nombreuses dépenses somptuaires (mausolée et cérémonie pour l’enterrement de feu Etienne Tshisekedi, nombreux déplacements à l’étranger avec à chaque fois une forte délégation, le fait de pré-positionner en permanence deux jets privés à l’aéroport de Ndjili, etc.). Bref, « à Kinshasa, c’est toujours Byzance », s’agace un haut-diplomate occidental en poste dans la capitale qui relève que cette situation est mal venue au moment où le pays tente d’obtenir le soutien du FMI.

Dispendieuse présidence de la République

Hier, c’est une énième affaire qui est venue ternir un peu plus le blason de la présidence Tshisekedi. En l’occurrence, une lettre datée du 13 juin 2019 et adressée par la Présidence de la République de la RD Congo au directeur général du Contrôle des Marchés publics, en vue de recevoir l’autorisation de passer sans appel d’offres un marché pour des construction et réfection au Palais de la Nation et à la Cité de l’Union africaine. Il s’agit d’offrir des bureaux et un logement au Président et à ses collaborateurs.

Montant des travaux : 180 millions d’euros (205 millions de dollars). Un véritable scandale dans l’un des pays les plus pauvres du monde où les priorités sur le plan humanitaire, sanitaire, sécuritaire et sociale ne manquent pourtant pas.

A ce premier scandale s’ajoute un deuxième : le fait que le marché ait été attribué, non pas via la procédure d’appel d’offres, mais de gré à gré au bénéfice d’une société enregistrée le… 31 mai dernier. Une coquille vide en somme dépourvue de toute expérience en matière de BTP. Selon plusieurs sources, cette société dont le gérant serait le milliardaire turc Mehmet Nazif Günal, propriétaire de Mapa Construction & Commerce, aurait dans son actionnariat différents prêtes-noms.

Mais ces deux scandales ne suffisant pas, il y en a un troisième : de fait, Félix Tshisekedi accepte l’exigence de Joseph Kabila de garder la résidence présidentielle qu’il avait fait aménager. Comme le rappelle La Libre Belgique, l’ex-chef de l’Etat « a en effet décrété qu’il ne quitterait pas la résidence présidentielle, affirmant qu’il l’avait acquise – sans en montrer les titres légaux. Or, cette résidence résulte de la réunion de deux terrains acquis et bâtis aux frais de l’Etat par Mobutu, devant servir à loger l’une le président du parlement (le premier à y habiter fut Anzuluni Bemba), l’autre le Premier commissaire d’Etat/Premier ministre (elle fut habitée par Kengo, Likulia ou Mabi Mulumba). M. Kabila n’a, en outre, pas encore vidé le Palais de Marbre – résidence construite aux frais du Trésor, sous Mobutu, pour y loger les invités de l’Etat – où habite sa famille. Félix Tshisekedi, lui, loge dans un modeste pavillon de la Cité de l’Union africaine. »

Face à l’ampleur de la polémique suscitée hier par la révélation de cette nouvelle affaire, la dispendieuse présidence de la République, qui a mis du temps à réagir, a fini par crier à la fake news ! Une méthode que l’institution a déjà utilisée précédemment pour tenter de semer le trouble dans l’opinion et couper court au déferlement d’indignation.

La présidence soutient que les documents circulant sur les réseaux sociaux sont falsifiés mais se garde bien de produire les originaux…

« Les deux correspondances attribuées à la Présidence de la République sur les réseaux sociaux sont des lettres falsifiées », a réagi avec retard hier sur son compte Twitter le porte-parole de la présidence, Kasongo Mwema Yamba Y’amba. Des propos pour le moins maladroits. A peine ce tweet diffusé, nombreux ont été les Congolais à relever le fait que si ces documents ont été falsifiés, comme le soutient la présidence, où sont donc les originaux ? Et pourquoi, en ce cas, ne pas les publier ? Dire qu’il s’agit de faux documents sans en apporter la preuve est en effet guère convaincant…

Reste que tout cela relève de la communication. Comme nous l’on confirmé diverses sources au sein de l’administration financière RD congolaise, en particulier au sein de la Direction de contrôle des marchés publics et de la Banque centrale du Congo (BCC), la lettre de la présidence ordonnant la dépense est bien authentique, celle-ci ayant officiellement en ces termes été transmise aux fonctionnaires intéressés. En outre, la société Democratic Congo High Tech Construction Company (DCHTCC) a bien été enregistrée le 31 mai dernier. Impossible de le démentir car elle apparaît sur le registre du guichet unique RD congolais.

« Si les affaires sortent, c’est pour deux raisons. Une bonne et une mauvaise », nous explique un fonctionnaire. « La première, c’est que certains agents qui voient passer ces documents sont écœurés au vu des montants engagés alors qu’il y a bien d’autres priorités dans le pays. La seconde, c’est parce que de hauts fonctionnaires liés à l’ex-chef de l’Etat, M. Kabila, n’admettent pas que Félix Tshisekedi et son équipe détournent à leur tour de telles sommes d’argent à leur profit », argumente cet homme d’une cinquantaine d’années.

En dépit de leurs tentatives de dénégation, tardives et peu convaincantes, pour Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, le mal est fait. Leur image est un peu plus écornée et ils devront sans doute renoncer, au final, à faire réhabiliter le Palais présidentiel par la société DCHTCC pour un montant de 180 millions de d’euros…