Incendie d’un entrepôt de la CENI à Kinshasa : Kabila tente de faire porter à Fayulu la responsabilité d’un possible report des élections

L'incendie d'un entrepôt de la CENI cette nuit à Kinshasa a détruit des milliers de machines à voter © DR

Hier dans la nuit, sur l’avenue l’avenue du Haut Commandement à Kinshasa, un entrepôt de la CENI a été ravagé par les flammes. 

Le bâtiment serait détruit à 70 %. 7 à 10 000 machines à voter (selon un bilan encore provisoire), leurs batteries, des isoloirs et des urnes prévus pour la ville de Kinshasa seraient détruites.

Aussitôt, les médias proches du pouvoir de M. Kabila ont relayé la propagande du régime consistant à rejeter la responsabilité de cet incendie sur l’opposition, autrement dit la coalition Lamuka représentée par Martin Fayulu.

« Ils [sous-entendu l’opposition] ne sont pas prêts. Ils viendront pour brûler les machines à voter. Qu’ils ne vous trompent pas », avait déclaré de façon prémonitoire le 28 novembre dernier à Likasi le dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary. Sur Twitter, Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique de Joseph, a tenté, lui aussi d’accréditer cette idée. « Incendie criminel du dépôt central de la CENI à Kinshasa. « 7 000 machines à voter, urnes et isoloirs partis en fumée. Les ennemis de la démocratie [comprendre l’opposition et plus particulièrement Martin Fayulu] passent à la vitesse supérieure », a indiqué le sherpa de M. Kabila.

Reste que personne à Kinshasa comme ailleurs dans le pays ne croit en cette thèse officielle cousue de fil blanc. « Tous les Congolais savent que les entrepôts de la CENI sont gardés par la Garde Républicaine de triste réputation et par la police », rappelle à juste titre M. Kamitatu. « Toute proportion gardée, cela rappelle l’incendie du Reichstag à Berlin en 1933 », glisse un haut-diplomate en poste à Kinshasa. « Les dictatures et les pouvoirs autoritaires n’ont guère innové depuis en matière de manipulation de l’opinion », ajoute-t-il.

En réalité, le pouvoir a espéré jusqu’au bout que le candidat de l’opposition, Martin Fayulu, se retire de la course à la présidentielle. Mais celui-ci n’est pas tombé dans le panneau. Pire, sa campagne a viré au cauchemar pour la kabilie. L’ampleur de la mobilisation populaire à l’occasion des meetings de M. Fayulu depuis début décembre ont surpris les stratèges de Joseph Kabila. Pris de fébrilité, ceux-ci ont entrepris ces derniers jours, y compris au moyen de la violence, de saborder la campagne de M. Fayulu (à Kindu, Lubumbashi, Likasi, etc.). D’où sa tentation de trouver un prétexte, un cas de force majeur, lui permettant de repousser une nouvelle fois la date des élections prévues le 23 décembre prochain.

« A qui profite ce crime ? », s’est interrogé, toujours sur Twitter, M. Kamitatu. « Cet incendie est une énième mystification que Kabila fait peser sur les échéances électorales. » Et celui-ci d’ajouter : « face à la popularité grandissante de Martin Fayulu, le régime est pris de panique ». Il ne faut sans doute pas chercher plus loin les raisons de l’incendie de cette nuit de l’entrepôt de la CENI.