RDC : Salomon Kalonda fait tomber le Maniema dans l’escarcelle de Moïse Katumbi

Salomon Kalonda s'adressant à la foule massée dans le centre-ville de Kindu mardi 12 avril 2022. Probablement le jour où le conseiller de Moïse Katumbi s'est mué en homme politique de tout premier plan © DR

D’un naturel discret, le bras droit de Moïse Katumbi, qui n’aime rien tant que l’ombre, a forcé sa nature. Ce mardi 12 avril à Kindu, il a animé un meeting devant plusieurs dizaines de milliers de personnes venues écouter son appel à adhérer à Ensemble pour la République.  

« Kindu est tombée », exulte Martial, jeune chauffeur de taxi-moto. « Salomon, c’est notre grand frère. C’est le fils de cette province », lui réponde, avec un enthousiasme communicatif, Christian, son passager.

Ce mardi 12 avril, tous deux s’apprêtent à rejoindre le la tribune officielle de Kasuku dressée en centre-ville de Kindu où des dizaines de milliers personnes se sont massées pour venir écouter Salomon Kalonda. Pourtant, il ne s’agit pas d’un jour férié. « Tous les gens ici ont laissé leur travail pour venir au meeting. C’est plus important », explique Donatien, un fonctionnaire d’une quarantaine d’années.

A l’aéroport déjà, dès 8 heures du matin, ils étaient des milliers à guetter son arrivée (à 13h30), puis à l’accompagner tout au long du trajet long de 4 km jusqu’à la tribune centrale de Kasuku, via les boulevards Joseph Kabila et Patrice Lumumba, sous une chaleur accablante de plus d’une quarantaine de degrés. Une véritable marée humaine, comme l’attestent les nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux, comme en voit rarement ailleurs qu’en RDC.

Si « SK Della », comme l’appellent ses proches, est aussi attendu, c’est que le Maniema, province de l’est du pays coincée entre le grand Katanga et les Kivus, d’où est originaire sa famille, est depuis plusieurs années orpheline de ses grands leaders. Augustin Matata Ponyo, l’ancien premier ministre, est devenu sénateur ; Alexis Thambwe Mwamba, l’ex-ministre de la Justice et ex-président du Sénat, a été poussé vers la retraite ; ou encore Emmanuel Ramzani Shadary, le candidat du PPRD de Joseph Kabila lors de la présidentielle de 2018, qui se fait très discret. Depuis, personne ne les a remplacés.

Salomon Kalonda, dont le sens de l’organisation hors-pair et les « intuitions » politiques sont unanimement loués tant du côté de l’opposition que de la majorité, aura dû ce mardi forcer sa nature. Car le « Spécial » (en référence à sa fonction de « conseiller spécial » de Moïse Katumbi) n’aime rien tant que l’ombre, fuyant comme la peste la lumière qu’il s’emploie avec énergie à rediriger vers d’autres.

« Si Augustin Katumba Mwamke avait un héritier, ce serait sans hésiter Salomon », confie un ancien ministre PPRD, le parti de l’ancien président Joseph Kabila. « Il a la même propension à rester en retrait ; mais aussi les mêmes qualités d’organisateur et de stratège », explique-t-il.

« Salomon me fait penser à ces milieux de terrain en football qui court de partout, récupère les ballons, organisent le jeu et dont on ne remarque véritablement la présence que quand ils ne sont pas là », surenchérit un proche collaborateur du président Félix Tshisekedi. « Pourtant, ce sont ces joueurs qui font les grandes équipes et forgent les plus beaux palmarès ».

Nouveau leader

Ce mardi à Kindu, ce n’est plus tout à fait le même homme qui s’est avancé à la tribune devant la foule en liesse qui scandait en swahili : « Weye tu ! Weye tu ! Weye tu ! » (« Rien que toi !… », sous-entendu nous te choisissons toi et toi seul ici au Maniema).

Très à son aise, micro-casque en lieu et place du traditionnel micro – une petite innovation qui devrait faire des émules en RDC –, Salomon Kalonda s’est adressé à son auditoire en swahili. « Vous avez le Bic rouge. Lors des prochaines élections, utilisez-le à bon escient. Pour nous donner de vrais élus, de vrais députés, des gens valables qui ont le souci de la population et du développement de la province. Votez utile ! », a-t-il lancé sous un tonnerre d’applaudissements.

Quelques minutes plus tard, le « Spécial » aborde la campagne d’adhésion à Ensemble dans le Maniema qui doit débuter 48 heures plus tard, jeudi 14 avril au Cercle de la SNCC, la raison essentielle pour laquelle il tient aujourd’hui meeting. « Moïse Katumbi est comme un capitaine de football tout seul ne peut rien. Il a besoin de vous. C’est pourquoi il faut adhérer à Ensemble. Un autre Congo est possible ! Un autre Maniema est possible ! ».

Le meeting de Kindu n’est qu’une étape dans un long processus. Depuis plusieurs mois, Ensemble pour la République poursuit son implantation dans chacune des provinces du pays. A l’est, mais aussi à l’ouest, au centre et à Kinshasa. L’objectif final fait peu de doute : paver la voie à une probable candidature de son président, Moïse Katumbi, lors de l’élection présidentielle prévue en 2023. L’ex-gouverneur du Katanga, qui est aussi le patron du Tout Puissant Mazembe, est de loin l’homme politique le plus populaire du pays comme l’a rappelé un récent sondage (lire notre article). Surtout, il est celui qui bénéficie du réservoir électoral le plus important.

Si Moïse Katumbi venait à confirmer sa candidature à l’élection présidentielle, nul doute qu’il pourrait compter sur le Maniema et sur… son nouveau leader. Car ne lui en déplaise, ce mardi 12 avril à Kindu, le conseiller spécial de Moïse Katumbi, qui n’aime rien tant de mieux que de se tenir deux pas en retrait, s’est mué en un véritable homme politique capable d’haranguer les foules. Pour la population massée devant la tribune de Kasuku dans le centre-ville de Kindu ce jour-là, qui tantôt scandait « Salomon, gouverneur ! », tantôt « Salomon, député ! », c’est plus qu’une évidence.