RDC : la Monusco et son chef, Leila Zerrougui, accusés de faire le jeu de Joseph Kabila

Nommée en décembre 2017 représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU en RDC et chef de la MONUSCO, Leila Zerrougui a pris ses fonctions en février 2018 © UNGeneva – Twitter

La représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUSCO, Leila Zerrougui, entrée en fonction il y a tout juste six mois, est déjà sous le feu des critiques. Jugée passive, ses nombreux détracteurs considèrent qu’elle n’est pas à la hauteur des enjeux alors que le pays entame un cycle électoral qui s’annonce périlleux. 

A Beni, les habitants ne décolèrent pas. Depuis octobre 2014, dans cette localité du Nord-Kivu, mitoyenne du parc national des Virunga et éloignée d’à peine 70 kilomètres de la frontière avec l’Ouganda, des kidnappings et des massacres de civils ont lieu quasiment chaque semaine. En l’espace de quatre ans, plus de 2 000 morts et des centaines de disparus ont été comptabilisé. La population oscille entre résignation et colère. Moins tant à l’égard des autorités dont elles n’attendent rien, qu’à l’égard de la Monusco, la force onusienne, sensée la protéger.

« Les gens se font tuer ici et quand on les appelle [NDLR : les casques bleus], si ils viennent, c’est toujours en retard », déclare dépité Jules. Son voisin, qui a perdu plusieurs membres de sa famille à la fin de l’année dernière, confirme ce témoignage. « Ils sont comme des spectateurs. Leur présence n’a en rien contribué à faire diminuer l’insécurité », constate-t-il le regard vide.

Les critiques faites à Beni à l’endroit de la Monusco sont symptomatiques de celles faites à la force onusienne dans le reste de la RDC. Malgré un effectif imposant (22 000 personnes, civils et militaire) et un budget conséquent (1,15 milliards de dollars par an sur l’exercice 2017-2018), on chercherait en vain, même avec la meilleure des volontés, les succès enregistrées par cette mission de maintien de la paix, qui est la plus importante au monde.

Ces dernières années, l’insécurité est croissante en RDC, qu’il s’agisse de l’est du pays (Nord et Sud-Kivu, Ituri, une partie de l’ex-Katanga) mais désormais également le centre (avec les Kasaïs), ainsi que le sud-ouest avec la province du Kongo Central (ex-Bas-Kongo). Une insécurité de type militaire qui se double désormais d’une insécurité d’ordre politique. Les manifestations de l’opposition de la société civile ont été sévèrement réprimés, parfois dans le sang. Depuis le début 2016, c’est plus d’un millier de Congolais auraient succombé des suites de violences commises par les forces de sécurité.

Insécurité et crispation politique

D’une manière générale aujourd’hui, le climat politique est extrêmement tendu en RDC. Les manifestations ou même de simples réunions de l’opposition sont régulièrement interdites. La plateforme Ensemble, qui soutient l’opposant Moïse Katumbi, en a encore fait les frais ce week-end dans le Haut-Katanga. Les prisons du pays sont, elles, remplis d’opposants politiques ou de membres des mouvements citoyens. Ces prisonniers dits politiques ou d’opinion étaient en janvier 2018 au nombre de 358 selon l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), soit 135 de plus qu’au 31 décembre 2016, date de la signature de l’Accord politique de la Saint-Sylvestre. Or, accompagner la décrispation politique fait théoriquement partie du mandat de la Monusco en vertu de la résolution 2409 de mars 2018.

Mais l’attitude de la force onusienne en RDC ne laisse de poser question. Récemment, elle a été vertement critiqué pour avoir refusé d’accompagner Jean-Pierre Bemba lors de son arrivée à Kinshasa. Finalement, cette tâche a été assurée bon an mal an par la seule police RD congolaise, non sans quelques tensions avec les partisans et l’entourage proche du leader du MLC.

Rebelote quelques jours plus tard avec Moïse Katumbi. Par l’intermédiaire de sa porte-parole, Florence Marchal, la Monusco a fait savoir qu’elle n’assurerait pas la protection de l’opposant si celui-ci revenait en RDC au motif que « le mandat de la Monusco ne fai(sai)t nullement mention de protection individuelle des personnalités ou encore de protection de candidats ». Une justification pour le moins surprenante, la force onusienne assurant la protection individuelle par exemple du Docteur Denis Mukwege (lire à ce sujet notre article : La Monusco refuse à Moïse Katumbi la protection individuelle qu’elle accorde pourtant au Docteur Mukwege).

Cet épisode est révélateur des inquiétudes qui entourent la Monusco. Au-delà de son incapacité à assurer sa mission de sécurité sur le territoire RD congolais, beaucoup craignent que la mission onusienne se montre incapable d’accompagner le processus électoral en RDC. Leur inquiétude est encore avivée par l’attitude de la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUSCO, Leila Zerrougui, nommée en décembre dernier, qui alimentent les discussions.

« Sidikou brillait par sa complaisance. Zerrougui s’illustre par sa transparence »

Beaucoup lui reprochent sa passivité voire, pour certains, une forme de complaisance vis-à-vis de Kinshasa. « C’est incompréhensible », déclare indigné un membre d’un mouvement citoyen. « Les recommandations, les déclarations de la SGR de la Monusco font sourire les officiels congolais qui s’en moquent en réalité », poursuit-il avant de développer son propos. « Beaucoup ont été soulagés au moment du départ de Maman Sidilou [le prédécesseur de Mme Zerrougui] car il était trop complaisant avec Joseph Kabila. Il s’affichait sans cesse et tout sourire avec son entourage. Mais depuis l’arrivée de M. Zerrougui, même si le copinage semble avoir cessé, on ne voit aucun changement. En fait, Leila Zerrougui et Maman Sidikou, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ils sont sur la même ligne avec une différence tout de même : Sidikou brillait par sa complaisance. Zerrougui s’illustre par sa transparence. Mais dans un cas comme dans l’autre, cela favorise le pouvoir en place », confie-t-il, amer, depuis le salon de sa petite maison située à Matonge, un quartier populaire du nord de la commune de Kalamu à Kinshasa.

Mais il n’y a pas qu’en RDC, à Beni ou à Kinshasa, que les critiques fusent à l’endroit de la Monusco et de son chef. A Washington, l’entourage de Nikki Haley n’a pas de mots assez durs contre la force onusienne et ses dirigeants (voir cette vidéo). On pensait avoir touché le fond avec Maman Sidikou. Mais en réalité peut être pas », constate, mi-ironique mi-agacé, un proche conseiller de l’ambassadrice permanente des Etats-Unis auprès de l’ONU.

Même son de cloche à Paris où, si le ton est plus mesuré, l’on commence à être passablement agacé. « L’effectif de la Monusco est très important. Son budget aussi. Une résolution récente est encore venue renforcer ses prérogatives. Maintenant, celle-ci doit faire la preuve de son efficacité dans toutes ses missions. Elle a tous les moyens pour le faire, que ce soit sur le plan militaire, juridique ou financier », fait observer un haut-diplomate français, très écouté par le président Emmanuel Macron.

Ce dernier, qui connaît particulièrement bien la région, souligne, au passage, l’importance de la personnalité du chef de la Monusco. « A l’époque, la Monuc a eu d’excellents résultats sous William Swing alors qu’il évoluait dans un contexte très difficile. L’un de ses successeurs, Martin Kobler, a lui aussi donné entière satisfaction. D’ailleurs, il a été envoyé en Lybie où la situation est encore plus complexe qu’en RDC. Faire réussir la Monusco en RDC, ce n’est donc pas qu’une question de moyens ou de dispositions juridiques mais aussi de personne », dit ce haut-diplomate qui ne cache pas « ses craintes » de voir Leïla Zerrougui « suivre la même pente que Maman Sidikou » qui n’est, pour le dire pudiquement, guère regretté par les Congolais.

La RDC s’apprête à vivre l’une des périodes les plus décisives de son histoire post-indépendance. La Monusco et son chef, Leila Zerrougui, seront-ils à la hauteur de l’enjeu ? Beaucoup, en RDC comme ailleurs, en doutent hèlas déjà fortement.