RDC : « Idéologiquement, avec le FCC de Joseph Kabila, nous avons une même sensibilité », déclare Félix Tshisekedi

Félix Tshisekedi samedi 29 juin © DR

Incapable de gagner en popularité depuis son investiture controversée en janvier dernier, le président RD congolais est sorti hier de sa réserve médiatique en donnant une interview à RFI et France 24 dans laquelle il justifie son alliance avec l’ex-chef de l’Etat. 

La recette est connue de tous les communicants. En période difficile, il faut « prendre la parole » pour « expliquer son action ». Félix Tshisekedi, qui fait l’objet d’une déception grandissante dans son pays (lire notre article) a sacrifié ce samedi 29 juin à l’exercice.

Dans une interview de près de 20 minutes, le chef de l’Etat RD congolais a balayé un large spectre de sujets, même si les plus polémiques d’entre eux (liberté de mouvement de certains opposants, train de vie dispendieux de la présidence, soupçon de détournement de fonds…) ont été soigneusement évités.

A cette occasion, Félix Tshisekedi a tenté de justifier son élection, n’hésitant pas de fait à accuser la CENCO de mensonge. En revanche, lorsque la question lui est posée de la non publication par la CENI des PV des bureaux de vote, pourtant une obligation légale, silence radio. « Ça, il faut demander à la CENI », évacue-t-il prestement.

Le président RD congolais se montre également emprunté lorsqu’il s’agit de justifier l’interdiction de la manifestation organisée ce jour par la coalition d’opposition Lamuka. « Je suis d’accord avec cette interdiction », commence par dire Félix Tshisekedi. Mais, se fait-il fort de rappeler aussitôt, « depuis que je suis là, je n’ai interdit aucune manifestation ». Une sorte de « en même temps » congolais en somme…

Le dirigeant RD congolais se montre également peu convaincant lorsqu’il tente de justifier l’interdiction. « Souvenez-vous il y a quelques jours, il y a une manifestation qui a été autorisée et elle a donné lieu à des débordements », clame-t-il. Une justification pour le moins hasardeuse qui soulève trois problèmes. Lors de la manifestation à laquelle M. Tshisekedi fait référence, celle du 23 juin à l’occasion du retour de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa, « les incidents qui ont eu lieu auraient été provoqués, selon ce dernier, par des éléments incontrôlés de l’UDPS qui ont visé le cortège du président du MLC qui était protégé par la police et qui ont atteint les policiers ». Une version confirmée par de nombreux témoignages. Ensuite, en démocratie, difficile de justifier l’interdiction d’une manifestation dans un certain cadre avec certaines personnes par le fait qu’une précédente manifestation avec des personnes différentes et dans un autre cadre se serait mal passée. Enfin, la justification avancée par M. Tshisekedi pour approuver l’interdiction n’a absolument rien à voir avec l’argument utilisé par le gouverneur de Kinshasa, l’autorité administrative décisionnelle en la matière, à savoir le fait que la date du 30 juin serait sacrée.

Surtout, lors de son interview, le nouveau président RD congolais s’est employé à justifier son alliance politique avec Joseph Kabila qui, malgré ses dénégations répétées, fait partie d’un deal plus large avec l’ex-chef de l’Etat qui a permis en janvier dernier à M. Tshisekedi d’accéder à la présidence.

« Au départ, il y avait un accord verbal pour coaliser nos forces. Ensuite, on a levé l’option de coaliser d’autant plus qu’idéologiquement, nous avons une même sensibilité, c’est-à-dire sociale-démocrate », avance M. Tshisekedi au risque d’accréditer l’idée, largement majoritaire dans le pays, selon laquelle il n’y a eu d’alternance qu’en trompe-l’œil.

« Maintenant, il faut se mettre d’accord sur le programme du gouvernement, sur la formation même de ce gouvernement, des hommes et des femmes qui vont le composer. Et c’est tout cela que nous sommes en train de faire actuellement », conclut le président RD congolais au terme de son interview.

Au final, il n’est pas certain que cet exercice de communication suffise à lever les doutes grandissants entourant la personne de Félix Tshisekedi. Celui-ci ne semble, aux yeux des Congolais, disposer ni de la capacité, ni de la volonté de faire contrepoids à Joseph Kabila. En RDC, l’alternance attendra.