RDC : Ce qu’a promis Jean-Marc Kabund au député Pululu en contrepartie du dépôt de la proposition de loi « Tshiani »

Jean-Marc Kabund y Kabund est le vice-président de l'Assemblée nationale, président par intérim de l'UDPS et l'âme damnée de Félix Tshisekedi © DR

Le député FCC (aile UDPS) Nsingi Pululu a annoncé qu’il déposerait ce jeudi 8 juillet sur le bureau de l’Assemblée nationale la très controversée proposition de loi « Tshiani ». 

Cette proposition de loi, officiellement promue à l’origine par Noël Tshiani, un ex-candidat à l’élection présidentielle de 2018 au score très marginal (moins de 24 000 voix), est en réalité soutenue en sous-main par les partisans de l’actuel président Félix Tshisekedi.

Officiellement toujours, cette proposition de loi a une visée générale. Elle entend écarter de toute élection en RDC les personnes qui ne seraient pas nées et de père et de mère congolais. Ce qui serait inédit à travers le monde.

En réalité, ce texte ne vise qu’un seul objectif : écarter Moïse Katumbi de la course à la présidentielle. L’ex-gouverneur du Katanga, à la popularité intacte, est le seul rival véritablement craint par M. Tshisekedi dont l’esprit, depuis qu’il s’est débarrassé en fin d’année dernière de son encombrant partenaire Joseph Kabila, est tout entier tourné vers la recherche d’un second mandat.

Le « Judas Iscariote de la démocratie congolaise »

Après plusieurs tentatives infructueuses, le vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund y Kabund a finalement réussi à dénicher un député prêt à porter la très sulfureuse proposition de loi. Il s’agit de Nsingi Pululu, élu de la Funa, un district situé au sud du centre-ville de Kinshasa, sous l’étiquette FCC. 

« Pour brouiller les pistes, ils ont voulu que le texte soit porté par un député qui n’est pas ouvertement membre de l’UDPS. Mais reste que celui-ci est un transfuge du FCC, aujourd’hui allié à l’UDPS », explique en off un de ses collègues qui fait partie de la même alliance.

Après négociation, un accord est intervenu entre les deux hommes ces derniers jours. En contrepartie du dépôt du texte sur le Bureau de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund a promis à Nsingi Pululu, désormais qualifié sur les réseaux sociaux de « Judas Iscariote de la démocratie congolaise », le poste d’administrateur-directeur général (ADG) de la SNEL, la compagnie publique d’électricité, avec tous ses avantages.

Un timing pas choisi au hasard

Le timing, lui non plus, n’a pas été choisi au hasard. Le dépôt annoncé de cette proposition de loi intervient alors que les députés ne peuvent, en raison d’une troisième vague de Covid-19, siéger en assemblée plénière. C’est le Bureau et les présidents des groupes parlementaires qui pourraient, à certaines conditions, être habilités à voter en leur nom. Une situation qui rend en théorie possible le vote d’une telle loi qui, sinon, n’aurait eu aucune chance d’être adoptée par une majorité de députés.

Ce procédé rappelle celui utilisé en début de semaine au Sénat pour obtenir la levée de l’immunité de l’ex-premier ministre Augustin Matata Ponyo. Alors que les sénateurs s’y étaient opposés à deux reprises courant juin en séance pléinière, le Bureau du Sénat, sous pression de la Présidence de la République, a fait droit à cette requête (lire notre article).

L’élève Tshisekedi suit les pas du maître Kabila

Candidat à un second mandat, Félix Tshisekedi sait qu’il ne peut ni compter sur sa base électorale (trop étroite, elle ne dépasse guère les 20 % à l’échelle du pays) ni sur son bilan (plombé d’emblée par son alliance initiale avec le FCC). Son seul salut réside dans sa capacité à mettre hors-jeu ses adversaires, en particulier ceux de l’est, là où se trouve le réservoir de voix le plus important. D’où l’inéligibilité dont a été frappé Vital Kamerhe (Sud-Kivu), les ennuis judiciaires d’Augustin Matata Ponyo (Maniéma) et l’épée de Damoclès que représente la proposition de loi Tshiani / Pululu sur une probable candidature de Moïse Katumbi (Grand Katanga).

De ce point de vue, l’élève Tshisekedi suit les pas du maître Kabila, son prédécesseur, grâce à qui il est devenu président de la République.