[Tribune] Ce que dit l’affaire Kamerhe de la Justice en RDC (Par Moïse Moni Della)

Sous Félix Tshisekedi, loin de s'améliorer, la Justice continue de se fourvoyer, constate Moïse Moni Della © DR

Dans un long texte intitulé « J’accuse », titre emprunté à l’écrivain Emile Zola, le président de la CONADE, Moïse Moni Della, qui fut arbitrairement arrêté par l’ANR et maintenu plusieurs semaines en prison pour avoir manifesté pacifiquement afin d’exiger la tenue des élections dans les délais constitutionnels sous Joseph Kabila, dénonce la théâtralisation de la Justice, ce ressort essentiel de l’Etat de droit, sous Félix Tshisekedi. Il est vrai que, de ce point de vue aussi, les choses ne se sont pas améliorées. Nous en publions ici un extrait.

[…] « L’avènement de Félix-Antoine Tshisekedi qui fait de « l’instauration de l’Etat de droit » la promesse phare de son mandat, a suscité de l’espoir. Mais trois ans après, le constat est amer dans la pratique. Nous assistons à la théâtralisation de la justice. Le président de la République n’a pas hésité de soutenir, d’une manière  déconcertante dans une interview à France 24, que la rétro-commission « n’était pas une infraction en RDC ». C’est une coopération (eza coop), comme pour donner les orientations aux magistrats et juges qui enquêtaient sur la lutte contre la corruption et plus particulièrement sur le programme des 100 jours lancé avec pompes. Après une telle affirmation du premier magistrat de la République, tout le monde connaît la suite que la justice a réservé à toutes ces affaires de corruption. Une pièce de théâtre de chez nous. Un véritable poisson d’avril. Une poudre de perlimpinpin.

L’on arrête des gens le matin et on les libère le soir sans aucune contrepartie, sans rembourser aucun rond détourné. L’on finit par réaliser que tout n’était fait que pour la consommation extérieure.  En réalité, la justice est devenue une blanchisserie, une chambre d’immunisation des détourneurs des deniers publics.

Le procès dit des 100 jours est une illustration éloquente de cette comédie judiciaire dans le fond comme dans sa forme. Pièces contre pièces, les acteurs des sagas médiatisées n’avaient rien à envier aux célèbres comédiens Mangobo, Mongali, Likuli ou Shako qui ont une fois tourné une pièce de théâtre sur la justice. Le président de l’UNC, M. Vital Kamerhe, lors du procès dit de 100 jours n’a cessé de clamer son innocence, rappelant qu’en tant que directeur de cabinet, tous ses agissements étaient sur ordre du président. Il n’était qu’un exécutant. Condamné au terme d’un procès  « pédagogique » et voilà qu’il est acquitté deux ans après « faute des preuves », au nom du principe de droit « Actori incumbit probation » (la preuve incombe à celui qui accuse). Surtout en matière pénale.

De quoi renforcer la thèse d’un procès politique développée par une partie de l’opinion. D’autres pièces de théâtre ont mis en scène Willy Bakonga, Eteni Longondo, Jacky Ndala, Abdallah Bikenge, Daniel Massaro, Henry Magie, Barnabé Muhigo, Ngoy Mulunda, Yves Buya, Jeannot Muhima Ndole, responsable du service import et export à la présidence de la République et bien d’autres comme Bertin Mawaka, le directeur de cabinet du ministre des Finances libéré à peine arrêté.

[…] La justice congolaise reste à refonder dans les règles d’éthique et de déontologie des acteurs de droit. Même dans sa doctrine ou sa jurisprudence. […] La justice dévoyée de notre pays est une des causes de l’affaissement, l’abaissement de l’affaiblissement de la RDC. Elle qui est la colonne vertébrale, garante de la paix sociale, sans laquelle le développement et le progrès social est chimérique et utopique. »

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