Tentative de désignation au forceps des membres de la CENI en RDC : les catholiques et les protestants pointent du doigt les « manigances » d’André Mbata

André Mbata s'est progressivement mué de professeur de droit respecté en partisan politique zélé © DR

La Conférence épiscopale du Congo (CENCO) et l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ont vigoureusement dénoncé samedi 14 août leur convocation au pied levé par « l’Assemblée nationale », aux côtés des six autres confessions religieuses, en vue de la désignation du président de la CENI. Catholiques et protestants y ont vu une manœuvre du député UDPS André Mbata, un professeur de droit constitutionnel très proche de Félix Tshisekedi. 

Des années de droit et désormais tout de travers ?

Samedi, les représentants des églises catholique et protestante, qui regroupent 80 % des fidèles en RDC, ont avec une rare vigueur dénoncé la convocation toute séance tenante des confessions religieuses par le député et professeur de droit constitutionnel André Mbata Betukumesu Mangu.

« L’honorable président de l’Assemblée nationale informe le peuple congolais qu’un délai supplémentaire de 72 heures a été accordé aux confessions religieuses en vue de dégager un consensus au sujet de la désignation du Président de la CENI », indique un communiqué sans entête officiel et signé non par Christophe Mboso, le président de l’Assemblée nationale, mais Joseph Lembi Lubula, le rapporteur de l’institution.

En réalité, comme l’ont relevé la CENCO et l’ECC, cette convocation émane d’André Mbata, député UDPS qui préside une commission ad hoc au sein de l’Assemblée nationale dont l’objet est de vérifier la conformité des candidatures des personnalités que les groupes politiques et la société civile sont supposés nommer en vue de participer à la désignation des futurs membres de la CENI. Car en dépit des divers prête-noms qui lui servent de paravents (Christophe Mboso, Joseph Lembi Lubula…), c’est bien lui, ce proche du président Tshisekedi, qui est à la manœuvre.

Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de faire observer la CENCO dans son communiqué du 14 août en réponse à la convocation, pour le moins cavalière, reçue quelques heures plus tôt. « Nous venons de prendre connaissance ce matin que des invitations signées par l’honorable André Mbata Betukumesu ont été déposées dans la nuit du 13 au 14 août à la guérite de la CENCO et d’autres via les réseaux sociaux, invitant les chefs des confessions religieuses à se présenter à la commission dite paritaire, aujourd’hui 14 août 2021 à 10 heures. Cette démarche nous préoccupe au plus haut point tant sur le fond que sur la forme », a réagi, circonspecte, la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Même tonalité du côté de l’Église du Christ au Congo (protestante). « Le Congo regorge (…) de beaucoup d’intellectuels mais qui, très souvent, font des choses incroyables. On ne réfléchit qu’après avoir agi », a tweeté l’ECC le même jour dans une allusion directe à André Mbata qui porte fièrement en bandoulière son statut de « professeur ». Et d’expliquer : « dans la nuit, la fameuse ‘Commission paritaire’ invite les chefs des communautés religieuses, individuellement, à se présenter ce matin à l’Hôtel du Fleuve ».

Violation des lois et règlements sur trois points au moins

Si l’ECC et la CENCO sont vent debout contre cette initiative, c’est notamment parce qu’elle viole les lois et règlements sur trois points au moins. Tout d’abord, c’est Christophe Mboso et lui seul, en tant que président de l’Assemblée nationale, qui a le pouvoir de convoquer les confessions religieuses en vue de trouver un consensus pour désigner le candidat à la présidence de la CENI.

Ensuite, selon le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, un député qui préside déjà une commission permanente ne peut présider par ailleurs une commission ad hoc. Or, Mbata préside la commission « politique, administrative et juridique » (PAJ) au sein de la première chambre.

Enfin, la commission ad hoc censée contribuer à la désignation des membres de la CENI doit, selon la loi, être paritaire. Or, en l’espèce, elle est tout le contraire. C’est pour cette raison que le FCC de Joseph Kabila pour l’opposition et Ensemble de Moïse Katumbi pour la majorité ont tous deux indiqué, dans leurs communiqués respectifs du 12 et du 13 août, qu’il était hors de question pour eux d’y participer en l’état.

Autant d’éléments de droit qui, semble-t-il, ont échappé au « professeur » Mbata mais pas à la vigilance des églises catholiques et protestantes, bien déterminées à épargner à la RDC un énième chaos électoral.