RDC : Sous Joseph Kabila, « une telle décision judiciaire innocentant Moïse Katumbi aurait été inimaginable » (Me Barthélémy Mumba)

Maître Barthélémy Mumba, l'avocat de Moïse Katumbi (à l'extrême droite) © DR

Maître Barthélémy Mumba est l’un des avocats de Moïse Katumbi. Il répond à nos questions au lendemain de la décision de la Cour de cassation d’annuler le jugement ayant condamné en 2017 l’opposant à trois ans de prison dans le cadre d’une rocambolesque affaire de spoliation immobilière, en réalité destinée à l’écarter de la course à l’élection présidentielle.

Adrien Seyes : Vous attendiez-vous à une telle décision de la part de la Cour de cassation ce vendredi 19 avril ?

Maître Barthélémy Mumba : Avant le changement intervenu à la tête du pays et des services des renseignements, un tel jugement innoncentant Mr Moïse Katumbi Chapwe aurait été inimaginable car le régime précédent (celui de Joseph Kabila, NDLR) s’est obstiné à le harcèler judiciairement, allant jusqu’à refuser l’application de l’accord dit de la Saint Sylvestre qui prévoyait son retour au pays afin de participer aux élections. La Commission des Droits de l’homme des Nations Unies avait fait des recommandations semblables qui ont, elles aussi, été superbement ignorées.

AD : Est-ce à dire que Moïse Katumbi ne fait plus l’objet d’aucune condamnation sur le plan judiciaire en RDC ?

Me BM : Tout a fait. Le casier judiciaire de Mr Moïse Katumbi reste vierge. Il n’y a aucune condamnation inscrite.

AD : Cette décision a-t-elle été publiée au greffe ou bien vous a-t-elle été notifiée ?

Me BM : La décision de la Cour de cassation a effectivement été notifiée ce vendredi à Mr Moïse Katumbi Chapwe à son domicile, élu au cabinet de Me Jean-Joseph Mukendi wa Mulumba. Je vous en transmets une copie (NDLR : mise en ligne en version initiale extenso sur le compte Twitter d’Adrien Seyes).

AD : Reste l’affaire dite des mercenaires, toujours  pendante devant la Cour constitutionnelle…

Me BM : Cette affaire dite des mercenaires a fait actuellement l’objet d’un renvoi par la Cour de cassation devant la Cour constitutionnelle. Mr Moïse Katumbi comparaîtra libre sur place si la Justice fait appel à lui pour faire éclater la vérité car il s’agit une fois de plus d’une fausse affaire, d’un montage grossier. Il n’y a jamais eu de recrutement de mercenaires américains. C’est une histoire imaginaire, inventée de toutes pièces pour nuire politiquement à Mr Moïse Katumbi.

AD : Sous Joseph Kabila, la justice en RDC était largement considérée comme instrumentalisée par le politique. Pensez-vous que la décision de la Cour de cassation marque une rupture de ce point de vue ?

Me BM : Lorsque le politique et les services de renseignements se mêlent du fonctionnement de la justice, alors les droits des citoyens sont en péril. Sous le régime précédent, la justice était instrumentalisée au détriment de l’opposition. Mr Moïse Katumbi en a été une des victimes et il a été écarté, de ce fait, de la course à l’élection présidentielle. Le changement de régime à Kinshasa a donné un nouveau souffle à la Justice qui peut donc désormais, si elle se débarrasse de certaines de ses autres faiblesses, fonctionner normalement.

AD : Pour Moise Katumbi, est-ce la fin de près de trois ans d’exil ? Savez-vous quand est-ce qu’il rentrera en RDC ?

Me BM : Mr Moïse Katumbi a quitté le pays en 2016 pour se faire soigner à l’étranger et a tenté depuis à plusieurs reprises de rentrer au pays. Il a plusieurs fois demandé un nouveau passeport et il est même parvenu en août 2018 jusqu’à la frontière de Kasumbalesa (voir photo). Mais le régime en ce temps-là l’a empêché de rentrer chez lui. Aujourd’hui, ces obstacles sont tombés. Mr Moïse Katumbi peut donc rentrer à tout moment et par n’importe quelle porte en RDC.