RDC : Moïse Katumbi empêché une nouvelle fois de se rendre à Goma, scepticisme sur la réalité de la décrispation politique

L'opposant Moïse Katumbi lors de son retour en RDC, le 20 mai dernier, après trois ans d'exil © DR

Alors que l’ex-gouverneur du Katanga avait prévu de débuter ce lundi 10 juin sa grande tournée nationale en se rendant dans la capitale du Nord-Kivu, il en a une nouvelle fois été empêché par les autorités sous un prétexte fallacieux. 

Déjà le 26 mai dernier, Moïse Katumbi s’était vu refuser l’autorisation d’atterrissage à l’aéroport de Goma. Bis repetita ce lundi 10 juin.

« Alors que le président Moïse Katumbi et son équipe étaient prêts à embarquer, nous venons d’apprendre qu’ils n’ont pas l’autorisation d’atterrir à Goma », a déploré dans un communiqué le vice-président d’Ensemble, Pierre Lumbi.

Officiellement, c’est pour des raisons de sécurité que les autorités n’ont pas délivré à l’opposant le précieux sésame. En réalité, le régime a sans doute voulu éviter d’offrir à Moïse Katumbi de nouvelles images de liesse populaire, sa côté de popularité étant particulièrement élevée dans cette partie du pays.

Sur leurs comptes Twitter, les principaux conseillers de l’ex-gouverneur du Katanga ont vivement réagi, ne s’embarrassant guère de considérations diplomatiques.

« L’octroi des autorisations de survol et d’atterrissage à la tête du client est un signal négatif ! L’utilisation de gaz lacrymogènes pour disperser la population venue accueillir Moïse Katumbi est tout aussi inquiétant. Ce retour en arrière ne présage vraiment rien de bon ! », a réagi le directeur de cabinet de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu.

« Moïse Katumbi encore empêché d’atterrir à Goma. La décrispation politique tant vantée ne serait-elle qu’une illusion ? C’est le fait du prince et non le droit qui régit la liberté de mouvement des opposants. Tant qu’on fera de la Kabilie, même sans Kabila, rien ne changera », a dénoncé de son côté le bras droit de M. Katumbi, Salomon Kalonda

Quelques jours plus tôt, M. Kalonda, privé de passeport par les autorités, et donc toujours condamné à l’exil, s’était déjà fendu d’un tweet peu amène à l’égard du pouvoir. « Avec la Kabilie à la manœuvre, rien ne changera en RDC ces quatre prochaines années », avait-il écrit, se permettant au passage de citer Albert Einstein : « La folie, c’est penser qu’en faisant la même chose, on obtient des résultats différents. »

Au sein de l’opposition congolaise, une fois passée la période de grâce des premières semaines suivant l’accession à la présidence de Félix Tshisekedi, de plus en plus de voix se sont élevées pour dénoncer l’illusion de l’alternance en RDC, Joseph Kabila – l’homme fort du pays – continuant de tirer les ficelles en coulisse.

De fait, le bilan de M. Tshisekedi depuis son arrivée au pouvoir est rachitique. Même les mesures de décrispation politique (libération des prisonniers d’opinion, retour des exilés), saluées à leur début, sont aujourd’hui dénoncées comme procédant moins de manœuvres tactiques. De fait, partielles et sélectives, celles-ci s’apparentent de plus en plus à un trompe l’œil.

« Les petits gestes que vous voyez comme le retour des exilés ou la libération des prisonniers politiques, qui demeurent des actes isolés, c’est un gage donné à la communauté internationale et à l’opinion publique pour les endormir. Celui qui tient les commandes du pays, c’est Joseph Kabila », a déclaré le 2 juin dernier au micro de RFI, la secrétaire générale du MLC, Eve Bazaiba, très proche de Jean-Pierre Bemba.

En RDC, l’illusion de l’alternance, suite aux élections chaotiques du 31 décembre dernier, a définitivement vécu.