RDC : Le retour de Moïse Katumbi éclipse la nomination du nouveau premier ministre

Moïse Katumbi de retour à Lubumbashi ce lundi 20 mai après trois années d'un exil forcé © DR

Ce lundi 20 mai, Félix Tshisekedi a entériné le choix de Joseph Kabila de nommer au poste de premier ministre Sylvain Ilunga Ilukamba, un illustre inconnu pour l’écrasante majorité des Congolais.

Kabila est un habitué des contre-feux. Mais cette fois-ci, la manœuvre a fait un flop. En annonçant la nomination aujourd’hui du premier ministre en RDC, Joseph Kabila souhaitait faire de l’ombre médiatique au grand retour de Moïse Katumbi en RDC après trois années d’un exil forcé.

Las, c’est l’inverse qui s’est produit. Ce lundi 20 mai, tous les journalistes étaient à Lubumbashi pour assister à l’arrivée de l’opposant. Même CNN a évoqué le retour d’exil du dernier gouverneur du Katanga. Pas un mot, en revanche, de la nomination du premier ministre, près de six mois après les élections législatives.

Il faut dire que l’annonce n’a guère surpris. Dès le 10 mai dernier, Le Congo Libéré l’avait écrit. En outre, Sylvain Ilunga est un illustre inconnu pour l’écrasante majorité des Congolais.

Cet ex-conseiller du maréchal Mobutu a été le patron du Comité de pilotage et de réforme des entreprises du portefeuille de l’Etat (COPIREP) – poste dans lequel il a eu l’occasion de travailler, sans grand succès, avec Jeanine Mabunda, la toute nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, alors ministre sans fard du Portefeuille –  avant d’être nommé en mars 2014 à la tête de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) pour la redresser.

Une mission dans laquelle l’intéressé n’a pas particulièrement brillé. Sous son magistère, les accidents dus à des déraillements, causant la mort de dizaines de Congolais, se sont multipliés. En cause, le mauvais état du matériel roulant et de l’infrastructure ferroviaire.

Sylvestre Ilunga Ilukamba n’a pas non plus fait des merveilles en matière de gestion et de management. En février et mars derniers, les agents de la SNCC avaient été parmi les premiers à se mettre en grève après l’élection de Félix Tshisekedi. Ils réclamaient le paiement de… 227 mois d’arriérés de salaire.

Gizenga bis

« Si Sylvestre Ilunga a été choisi, c’est parce qu’il représente le plus petit dénominateur commun. Il n’est pas réputé pour avoir un fort caractère et tenir tête. Joseph Kabila pense qu’il lui sera totalement soumis et Félix Tshisekedi est persuadé qu’il saura l’amadouer. Et de tous les noms proposés par M. Kabila (Alexis Thambwe Mwamba, Albert Yuma, Jean Mbuyu, Henri Yav Mulang…), c’est celui qui a le moins de casseroles », explique un ex-proche de l’ancien chef de l’Etat.

Reste que M. Ilunga, un Katangais de soixante-dix ans bien passé, a tout du premier ministre fantoche. « Il fait un peu penser à Antoine Gizenga, le parcours politique en moins », commente le sourire aux lèvres cet ex-intime de Joseph Kabila.