RDC : Le renvoi d’Albert Yuma de la Gécamines a-t-il un lien avec les révélations de « Congo hold up » ?

Le renvoi d'Albert Yuma de la Gécamines n'a en réalité rien à voir avec le souci d'y améliorer la gouvernance © DR

Un consortium de médias et d’ONG a rendu publique une remarquable enquête, dénommée « Congo hold up », qui montre – documents à l’appui – l’ampleur de la corruption sous la présidence de Joseph Kabila. Parmi les personnalités épinglées par le consortium d’enquêteurs figure Albert Yuma, très proche de l’ancien chef de l’Etat RD congolais. Quelques jours seulement après les révélations de Congo hold up, celui-ci a été démis de ses fonctions de PCA de la Gécamines. En réalité, cette décision avait été prise il y a un an déjà et pour un tout autre motif que le souci de la bonne gouvernance. Explications.

Le timing est certes troublant. Une dizaine de jours seulement après les révélations de l’enquête « Congo hold up » au sujet d’Albert Yuma, celui-ci a été démis des fonctions de président du conseil d’administration de la Gécamines qu’il occupait depuis 2010.

Aussitôt, certains y ont vu un lien de cause à effet. Pourtant, la décision de renvoyer Albert Yuma de la Gécamines, longtemps considérée comme l’un des « vaches à lait » du « système Kabila », n’a aucun lien avec les révélations de l’enquête « Congo hold up ». Celle-ci est bien antérieure. « Elle remonte à novembre 2020 », confirme un membre du cabinet de la Présidence qui suit les dossiers miniers.

Elle s’inscrit par ailleurs dans un mouvement plus général de reprise en main des institutions du pays par Félix Tshisekedi. Mouvement qui s’est subitement accéléré depuis qu’il s’est séparé fin 2020 de son encombrant allié, M. Kabila, qui lui avait confié deux ans plus tôt les clés de la Présidence, pensant les lui reprendre cinq ans plus tard. « Un arrangement à l’africaine », avait alors expliqué sans sourciller le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le système est resté le même. Seuls ses bénéficiaires ont changé

Après la mise au pas de la Cour constitutionnelle et du reste de l’appareil judiciaire, de l’Assemblée nationale, du Sénat, mais aussi de la police et de l’armée où il a placé ses obligés, Félix Tshisekedi a étendu sa main mise sur les administrations, notamment celles qui sont les plus lucratives (Direction général des grandes entreprises, Direction générale des impôts, Direction générale des douanes et accises…), ainsi que sur les entreprises publiques.

Pus encore qu’à l’époque de Joseph Kabila, les nouveaux promus sont nommés non en fonction de leurs compétences, mais de leur proximité avec M. Tshisekedi ou ses alliés. « Sous Kabila, c’était l’un des critères de nomination. Sous Tshisekedi, c’est devenu le critère principal, voire exclusif », cingle un opposant. Ainsi, pour remplacer Albert Yuma au poste de PCA de la Gécamines, c’est un oncle maternel du premier ministre Sama Lukonde, Alphonse Kaputo, cadre en retraite de l’entreprise, qui a été choisi. Et pour pouvoir le poste de DG, Tambwe Ngoy, un oncle paternel de Dany Banza, un allié politique de M. Tshisekedi.

Si la décision de débarquer Yuma de la Gécamines a été prise il y a un an, pourquoi avoir attendu si longtemps ? « M. Tshisekedi doit tenter de satisfaire l’ensemble de ses alliés politiques. Cela passe par une répartition des postes à tous les niveaux : au gouvernement, mais aussi à la tête des administrations et des entreprises publiques. Ces discussions prennent beaucoup de temps et retardent d’autant le processus de nomination », explique en off un ministre du gouvernement Lukonde, très au fait de ces tractations.

En RDC, le système politique n’a pas changé de nature depuis « l’alternance », c’est-à-dire l’arrivée d’un nouveau président en janvier 2019. Seuls les bénéficiaires de ce système ont changé. Les proches de M. Kabila ont laissé la place à ceux de M. Tshisekedi. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles Félix Tshisekedi a demandé à ses soutiens de tirer à boulets rouges sur l’enquête « Congo hold up », quand bien même celle-ci semble davantage l’épargner que son prédécesseur.