RDC : Joseph Kabila roulera-t-il dans la farine les membres du conseil de sécurité de l’ONU ?

Poignée de main entre Joseph Kabila et Antonio Guterres à New-York le 26 septembre dernier, en marge de la 73ème assemblée générale de l'ONU © DR

Jeudi 4 octobre dans la soirée, une délégation du conseil de sécurité se rendra en RDC pour une visite de 48 heures. Son objectif : évaluer l’état d’avancement du processus électoral.

« Kinshasa devra se contenter de bien d’autres choses que des mots ou des promesses », avertit un ambassadeur à l’ONU. Il faut dire que les membres du conseil de sécurité des Nations Unis sont de plus en plus préoccupés par l’évolution du processus électoral en RDC.

« Les membres du conseil de sécurité reçoivent des rapports alarmistes de leurs services sur l’état d’avancement du processus électoral en RDC, à rebours des propos rassurants que tiennent les autorités », indique une autre source à New York.

De fait, les membres du conseil de sécurité s’attendent à ce que leur soit présentée une version très édulcorée de la réalité. Mais ils sont parfaitement conscients pour la plupart du terrain sur lequel ils mettent les pieds. Qu’il s’agisse de la machine à voter à la fiabilité plus que douteuse et dont la distribution à moins de 80 jours des élections n’a toujours pas démarré, du fichier électoral vicié à plus de 25 % selon l’OIF qui l’a audité, du manque total d’inclusivité (Joseph Kabila ayant choisi ses opposants en vue du scrutin présidentiel, écartant Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, ses deux adversaires les plus dangereux) ou encore de l’absence total de décrispation politique comme prescrit par l’accord de la Saint-Sylvestre (signé par le camp présidentiel).

Ce déplacement sous haute tension se fera sans Nikki Haley, l’ambassadrice permanente des Etats-Unis à l’ONU. Celle-ci n’a pas jugé utile de se rendre avec la délégation du conseil de sécurité en RDC. « Ça n’est pas nécessaire. Nous savons exactement ce que prépare le pouvoir de M. Joseph Kabila », dit-on, énigmatique, dans l’entourage de Mme Haley.

Derrière les discours publics très offensifs, Kinshasa, qui redoute cette réunion –  « qui mettra à jour un certain nombre de vérités », parie une source onusienne – , cherche désormais à arrondir les angles.

Les autorités RD congolaises, qui avaient bloqué l’équipement du nouveau bataillon indonésien dit de « déploiement rapide » qui devait venir renforcer les effectifs de la Monusco, ont rétropédalé. Elles assurent désormais que l’incident est clos et qu’il ne s’agissait en réalité que d’un problème bénin de notification et de manque de concertation.

Mieux, Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante, qui a toujours snobé l’opposition, a soudainement repris contact avec cette dernière, invitant ceux de ses principaux leaders autorisés à participer au scrutin présidentiel à une réunion de travail demain à la mi-journée au siège de la CENI.

Des leaders qui devraient, en bonne logique, tenir un discours très critique, comme il l’ont fait samedi dernier lors du meeting unitaire de l’opposition, tirant à boulets rouges contre la machine à voter, le fichier électoral, le manque d’inclusivité ou encore l’absence de décrispation politique.

Peut-être Corneille Nangaa espère-t-il faire changer d’avis certains d’entre eux pour amadouer les membres du conseil de sécurité de l’ONU qui arriveront quelques heures plus tard à Kinshasa et avec lesquels il devra s’entretenir le lendemain ? Plus que jamais, l’opposition RD congolaise devra rester unie et parler d’une seule voix.

Quant à Joseph Kabila, que certains commencent à surnommer le « boulanger de Kinshasa » en référence à Laurent Gbagbo, parviendra-t-il à rouler dans la farine les membres du conseil de sécurité de l’ONU ? Réponse dans quelques jours.