RDC : Joseph Kabila garde la haute main sur le nouveau gouvernement

L'ex-vice président Azarias Ruberwa. Ce tutsi congolais, très proche de Kigali, est le seul en RDC à avoir été ministre sans discontinue depuis 2006. Dans le gouvernement Ilunga, il sera notamment chargé des réformes institutionnelles, un poste éminemment stratégique pour Joseph Kabila... © DR

Après sept mois d’attente, le gouvernement du premier ministre Sylvestre Ilunga ne tardera plus à entrer en fonction. Sa composition de 65 membres a été dévoilée ce lundi matin. En voici les principaux enseignements.

Joseph Kabila garde la haute-main sur l’Exécutif : L’ancien chef de l’Etat, qui avait déjà nommé le premier ministre, se taille la part du lion dans ce gouvernement. 42 ministres sur 65 sont issus des rangs du Front Commun pour le Congo, sa plateforme politique, qui rafle les ministères les plus stratégiques : défense, finances, mines, justice… Outre le gouvernement, l’ex-chef de l’Etat contrôle le Parlement (l’Assemblée nationale et le Sénat), les assemblées provinciales et les gouvernorats, la Cour constitutionnelle et la CENI, ainsi que l’appareil de défense et les principaux leviers financiers du pays. Il reste donc le maître incontesté de la RDC. Face à lui, Félix Tshisekedi, dont la présidence est largement symbolique, ne pèse d’aucun poids.

L’absence trompeuse des poids lourds du PPRD : Néhémie Mwilanya Wilondja, Kalev Mutond, Lambert Memde, Matata Ponyo, etc., ne figurent pas dans ce gouvernement. Probablement le signe que la réalité du pouvoir ne se trouve pas là. En attendant, ce choix, tactique, permet d’afficher aux yeux de l’opinion une forme de « renouvellement ». Mais cela relève davantage du village Potemkine. Dans le gouvernement Ilunga, les caciques de la kabilie sont en effet remplacés par de jeunes pouces du FCC tout aussi zélés (Aimé Ngoy Mukena à la Défense, José Célé Yalaghuli aux Finances, Willy Samsoni aux Mines, Célestin Tunda Ya Kasende à la Justice…). Résultat : le système demeure verrouillé comme par le passé en faveur de Joseph Kabila.

Le refus de l’ouverture : Il y a quelques semaines encore, certaines figures de l’opposition se voyaient déjà ministres. Si Félix Tshisekedi y était favorable, Joseph Kabila a opposé son veto. Qu’il s’agisse de Delly Sesanga, Antipas Mbusa, Adam Bombole, Jean-Baptiste Ewanga ou Jean-Claude Muyambo, aucun des membres de la coalition Lamuka ayant soutenu Félix Tshisekedi ne décroche finalement le maroquin tant convoité…

François Mwamba, l’ami du président, recalé : Il était l’artisan des accords de Nairobi entre Tshisekedi et Kamerhe, celui du deal entre Tshisekedi et Kabila, mais aussi le rédacteur du programme des cent jours du nouveau chef de l’Etat, tout comme l’architecte du côté de la présidence des contours de la future équipe gouvernementale. François Mwamba ne sera donc pas ministre. En tout cas, pas cette fois-ci. Lui qui guignait le poste de vice-premier ministre chargé du Budget a été barré par Vital Kamerhe. Le directeur de cabinet du président a mis son veto à cette nomination, arguant des accords de Nairobi pour imposer à ce poste l’un de ses proches, Jean Baudouin Mayo Manbeke. Un épisode qui en dit long sur l’influence exercée par Vital Kamerhe sur Félix Tshisekedi… Au total, l’UNC, le parti de M. Kamerhe, s’octroie huit portefeuilles ministériels.

Azarias Ruberwa, l’homme choisi par Kabila pour paver la voie à de futurs changements constitutionnels : C’est un fait peu relevé. Pourtant, c’est l’un des principaux enseignements de ce gouvernement Ilunga. Azarias Ruberwa Manywa, l’ex-vice président, de 2003 à 2006, seule personnalité à avoir été depuis ministre sans discontinue, s’est vu attribuer le ministère de la Décentralisation et des Réformes institutionnelles. Ce tutsi congolais, réputé proche de Kigali, aura pour mission de préparer les futurs ajustements institutionnels, dont certains supposeront de modifier la Constitution… L’objectif ultime de Joseph Kabila qui, à 48 ans, n’est pas prêt, bien au contraire, à prendre sa retraite politique.