RDC : Félix Tshisekedi sommé par Antony Blinken de se justifier sur la multiplication des atteintes à l’Etat de droit et les velléités de glissement du calendrier électoral

Le secrétaire d'Etat Antony Blinken avec, en arrière-plan, le président Joe Biden © DR

Le secrétaire d’État américain Antony J. Blinken s’est entretenu mercredi 21 juillet avec le président RD congolais Félix Tshisekedi. Selon le communiqué officiel, les deux hommes « ont discuté du renforcement des liens entre les États-Unis et la RDC » et le premier a exprimé au second « son appui au programme de réformes visant à s’attaquer à la corruption, à renforcer les institutions démocratiques, à promouvoir la paix et le respect des droits humains, à mettre un terme à l’impunité et à améliorer la santé publique ». Mais la réalité est quelque peu différente car, au fond, la conversation entre Blinken et Tshisekedi n’a pas été si amicale. Le secrétaire d’Etat américain a demandé des comptes au président RD congolais au sujet de la multiplication récente des atteintes aux droits de l’Homme, ainsi que de ses propos sur un éventuel glissement du calendrier électoral concernant la présidentielle de 2023.

L’échange entre Antony Blinken et Félix Tshisekedi a eu lieu ce mercredi 21 juillet. La vidéo qui le relate, initialement mise sur le réseau social Youtube par le service de communication de la Présidence RD congolaise, en a rapidement été retirée avant d’être remise dans une version « coupée » et « montée ».

Il faut dire que certaines parties de cette vidéo ne sont pas à la faveur de la Présidence RD congolaise qui entendait faire de cet événement le signe du « soutien de l’hyper-puissance américaine, voire du président Biden en personne, au président Tshisekedi », suivant les propos d’un de ses conseillers. En dépit des efforts déployés par Kinshasa pour entretenir cette « illusion », pour reprendre le terme d’un haut-responsable du Département d’Etat américain, l’effet a été gâché.

Si l’échange téléphonique a été « cordial » sur la forme, le fond, lui, n’a pas été si consensuel que le laisse à penser le communiqué officiel. Le secrétaire d’Etat américain a contraint Félix Tshisekedi de se justifier sur deux questions que celui-ci aurait souhaité éluder.

La première a trait à la multiplication récente des atteintes à l’Etat de droit en RDC, à telle enseigne que le climat de 2021 fait penser à celui qui prévalait en 2015-16 sous Joseph Kabila. « La démocratie est une culture. Nous sommes des pays en Afrique qui avons connu la colonisation, puis des régimes dictatoriaux (…) Cela a une incidence sur nos populations. J’ai aujourd’hui vraiment l’occasion de m’en rendre compte maintenant que je suis moi-même acteur du pouvoir. Nous avons souvent eu à déplorer des cas de violation des droits humains de la part de nos collaborateurs, de notre propre régime. Il y a donc parfois des arrestations arbitraires qui se font, des brutalités ou autres. Et nous ne sommes pas toujours au courant », a tenté d’expliquer, manifestement très mal à l’aise et avec une diction empruntée, M. Tshisekedi, en essayant d’éluder sa responsabilité, très lourde sur certains dossiers.

Idem sur la question d’un potentiel report de l’élection présidentielle de 2023, ce qu’avait laissé sous-entendre Félix Tshisekedi lors d’une interview récente à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Alors que le secrétaire d’Etat Blinken a insisté sur un processus électoral « crédible, transparent, inclusif et à bonne date », M. Tshisekedi a tenté, en bafouillant, une réponse alambiquée, trahissant sa gêne manifeste.

Le train de l’Histoire repasse rarement deux fois

De toute évidence, Félix Tshisekedi, dont le but est d’effectuer un second mandat coûte que coûte, a choisi de répliquer la stratégie mise en œuvre il y a quelques années par Joseph Kabila : d’une part, écarter ses concurrents les plus dangereux de la course à la présidentielle ; d’autre part, gagner du temps, en repoussant au maximum la date de l’élection présidentielle au mépris de la Constitution.

Mais les conditions favorables dont a pu bénéficier à l’époque Joseph Kabila ne sont aujourd’hui plus réunies. Donald Trump a quitté depuis la Présidence des Etats-Unis. Et son successeur, Joe Biden, n’est pas – c’est peu de le dire – sur la même ligne en matière diplomatique. En janvier 2019, c’est l’adoubement par la diplomatie américaine du « deal Kabila-Tshisekedi » au détriment de la « vérité des urnes » qui avait fait pencher la balance dans l’espoir que le départ de Joseph Kabila permettrait à lui seul l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit en RDC. Pari perdu. C’est pourquoi, dans la perspective de 2023, les choses devraient être bien différentes. Le train de l’Histoire, il est vrai, repasse rarement deux fois…