RDC : Félix Tshisekedi accusé de tribalisme en raison d’un cabinet composé au trois-quart de Kasaïens

Félix Tshisekedi © Twitter/Presidence RDC

Félix Tshisekedi, désigné président de la RDC en janvier dernier, a nommé cette semaine son cabinet. Celui-ci fait la part belle aux personnes originaires comme lui du Kasaï. D’où les accusations de tribalisme qui ne sont d’ailleurs pas les seules à lui être faites.  

Pas facile d’être président. Félix Tshisekedi l’apprend à ses dépens. Les polémiques dont il est l’objet se sont en effet multipliées depuis son investiture. La dernière en date concerne son cabinet dont la composition soulève de nombreuses critiques.

Principal grief : son caractère tribal. Trois-quart de son effectif est composé de Congolais originaires du Grand Kasaï. C’est le cas notamment de Guylain Nyembo, Vidiye Tshimanga, Lydie Omanga, Jean-Claude Kabongo, Bestine Kazadi, Julien Badibanga Kabongo, etc.

Conséquence : certaines des 26 provinces du pays ne comptent aucun de leurs ressortissants au sein de la tête de cabinet (c’est à dire parmi les 65 plus hauts postes : directeur de cabinets adjoints, conseillers spéciaux ou principaux, ambassadeurs itinérants…). C’est notamment le cas du Nord-Kivu.

Félix Tshisekedi est presque coutumier du fait. Déjà en août dernier, alors fraîchement désigné président de l’UDPS, il avait essuyé des critiques identiques pour les mêmes raisons. Manifestement, il n’en a pas tiré les leçons.

Autre reproche fait au cabinet de M. Tshisekedi  : son effectif pléthorique. Le nouveau président a réussi le tout de force de faire mieux que son prédécesseur, Joseph Kabila, pourtant réputé dispendieux avec l’argent public. Du temps de M. Kabila, le cabinet présidentiel se limitait à 48 membres. Celui de M. Tshisekedi dépasse allègrement la centaine de membres. En effet, à chaque conseiller spécial ou principal est rattaché une dizaine de conseillers (techniques).

Du coup, il n’est pas rare de constater un chevauchement de compétences entre les différents conseillers au sein du cabinet, comme l’ont relevé de nombreux Congolais. C’est le cas notamment en matière de TIC ou d’environnement.

D’autres Congolais, à l’instar du mouvement citoyen La Lucha, ont fait eux remarquer que le cabinet de M. Tshisekedi, nommé à la veille de la journée internationale de la femme, ne comportait que peu de représentantes de la gente féminine. Seulement 12 en l’occurrence, soit à peine 18 %.

Gabegie

Enfin, la critique la plus virulente, avec celle de tribalisme, adressée au nouveau cabinet présidentiel porte sur l’absence de conseiller chargé de la lutte contre la corruption. Pourtant, lors de son discours d’investiture, M. Tshisekedi avait déclaré vouloir mener « une lutte efficace et déterminée contre la corruption » en RDC. « Même Joseph Kabila n’avait pas osé ne pas nommer un conseiller anti-corruption » (NDLR : Emmanuel Luzolo Bambi Lessa), fait observer un membre de Filimbi, un autre mouvement citoyen.

En attendant hypothétiquement que la corruption, qui atteint une échelle industrielle en RDC (le pays est régulièrement qualifié de kleptocratie), fasse l’objet d’une lutte effective, cette semaine, Félix Tshisekedi s’est fait remarquer pour avoir demandé 2,5 millions de dollars pour la construction d’un mausolée en hommage à son père, Etienne. Deux jours plus tôt, un document provenant de la Banque centrale congolaise montrait que 680 000 dollars avaient été octroyés pour le seul mois de février à Joseph Kabila au titre de sa pension d’ex-président et de remboursement de frais, suscitant un véritable tollé.

Le 24 janvier dernier, la RDC a officiellement changé de président. Mais la gabegie, elle, continue comme avant dans ce pays où 8 personnes sur 10 vivent sous le seuil de la pauvreté absolue.