RDC : Comment le gouverneur du Haut-Uele tente de corrompre les députés provinciaux pour garantir sa réélection

Afin de garantir sa réelection à son poste, le gouverneur du Haut-Uele a acheté à chacun des vingt députés de sa province un 4x4 Toyota Hilux double cabine. Un véhicule dont le coût unitaire est de 50 000 dollars © DR

Tout comme les élections sénatoriales mi-mars, l’élection des gouverneurs prévue le 10 avril prochain en République Démocratique du Congo fera probablement l’objet d’une même corruption généralisée. Dans le Haut-Uele, le gouverneur sortant, Jean-Pierre Lola Kisanga, achète les voix des députés provinciaux en leur offrant des véhicules de luxe. 

Le président de la République Félix Tshisekedi avait sollicité un report « sine die » de ce scrutin après l’élection des sénateurs le 16 mars dernier, entachée par des accusations de corruption. Las, c’est Joseph Kabila qui a eu le dernier mot. Corneille Nangaa, l’un de ses fidèles, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a fixé la date des élections des gouverneurs de province au 10 avril prochain.

Tout comme pour les sénatoriales, il y a fort à parier que ce scrutin sera marqué par une corruption généralisée, selon l’expression en vogue en RDC. Les exemples abondent en ce sens ne manquent pas en effet.

Dans la province du Haut-Uele, dans le nord-est du pays, à la frontière avec le Sud-Soudan, le gouverneur sortant, Jean-Pierre Lola Kisanga, membre du Front Commun pour le Congo, la plateforme de M. Kabila, a ainsi acquis auprès de la société Car Ex LLC basée à Dubaï aux Emirats Arabes Unis « vingt véhicules de type pick-up de marque Toyota Hilux double cabine 4×4 » afin d’en faire dons à chacun des vingt députés de sa province (voir courrier ci-dessous en date du 25 mars 2019).

Une facture totale d’un million de dollars

Des véhicules dont le prix approche, voire dépasse les 50 000 dollars l’unité. La facture totale s’élèverait donc aux environs d’un million de dollars, auxquels il faut rajouter les frais de transports, de dédouanement, et d’immatriculation. Loin d’être une bagatelle en somme.

Tout comme les sénateurs, les gouverneurs dans les 26 provinces du pays sont élus par les députés provinciaux. Voilà pourquoi ces « grands électeurs » sont si choyés. « Clairement, il s’agit en l’espèce, dans le Haut-Uele, d’un cas de corruption, d’un achat de voix quelques jours avant les élections, doublé de détournements de fonds publics », dénonce un responsable de la Coordination de la société civile du Haut-Uele.

La décision du gouverneur du Haut-Uele n’a d’ailleurs pas eu l’heur de plaire à Afounde Afongenda Sumbu, président nouvellement élu de l’Assemblée provinciale, pourtant de la même couleur politique que lui (il est également membre du FCC). Celui-ci n’a pas manqué, par retour de courrier en date du 28 mars (voir ci-dessous), de le lui faire savoir.

« Moi-même ainsi que la majorité des mes collègues honorables députés […] émettons des doutes sérieux sur la légalité de la ligne budgétaire pouvant couvrir une telle dépense, surtout à ce moment délicat du processus électoral où les députés provinciaux sont traités de corrompus dans certaines provinces », répond le président de l’Assemblé du Haut-Uele.

Un éclair de lucidité qui n’empêchera sans doute pas, ici comme ailleurs, la corruption de faire son oeuvre et de décider du sort de l’élection, au profit à nouveau d’un des candidats proches de Joseph Kabila.

Courrier du gouverneur du Haut-Uele en date du 25 mars 2019

 

La réponse au courrier du gouverneur du Haut-Uele rédigée par le président de l’Assemblée provinciale et daté du 28 mars