RDC : comment la SADC entend forcer la main de Joseph Kabila

Les présidents angolais et sud-africain, Joao Lourenço et Cyril Ramaphosa, discutent en aparté à la veille du Sommet de la SADC du 17 août à Windhoek (Namibie) @ DR

Face à un Joseph Kabila qu’elle soupçonne de vouloir biaiser le processus électoral en RDC, la SADC entend bien ne pas se laisser mettre devant le fait accompli. 

On en sait désormais davantage sur la séquence diplomatique post-annonce par Joseph Kabila du choix d’Emmanuel Ramazani Shadary, le 8 août dernier, comme candidat de la majorité à l’élection présidentielle prévue en RDC le 23 décembre prochain, mais dont beaucoup doutent cependant qu’elle puisse se tenir dans les délais.

Deux précautions valant mieux qu’une avec Joseph Kabila, les dirigeants de la SADC lui ont forcé la main pour qu’il prononce publiquement un discours d’adieu à l’occasion du sommet des chefs d’Etat de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ce vendredi 17 août à Windhoek, la capitale namibienne. Car naturellement, le président (hors mandat) RD congolais n’avait rien préparé de tel.

Joseph Kabila « forcé » de prononcer un discours d’adieu

« Les présidents ont eu une réunion préparatoire pour se concerter avant d’appeler Joseph Kabila », indique un témoin présent dans la pièce. « Les chefs d’Etat lui ont alors demandé s’il avait préparé un discours d’adieu. Celui-ci s’est renfrogné et a fait mine de s’interroger en demandant : pourquoi ? La discussion qui s’en est suivie s’est déroulée dans un climat polaire. Le président Ramaphosa parlait et Joseph Kabila, lui, détournait ostensiblement le regard », explique ce témoin.

Finalement, le chef de l’Etat RD congolais prononcera un discours dans lequel il dira qu’il n’aime pas les « adieux », préférant à la place dire « à bientôt ». « Peut-être espère-t-il être présent lors du prochain sommet de la SADC en janvier 2018 », sourit un haut-diplomate présent dans la capitale namibienne.

Ce que Ramaphosa a dit à Kabila et Shadary le 10 août à Kinshasa

A l’occasion du sommet de Windhoek, le secret qui a entouré la rencontre entre Joseph Kabila et Cyril Ramaphosa le 10 août dernier à Kinshasa s’est quelque peu dissipé. Si le président sud-africain a félicité, comme il se doit, son homologue RD congolais pour ne pas avoir briguer un troisième mandat, il a lourdement insisté sur la nécessité d’organiser un scrutin véritablement crédible et inclusif dans un climat politique apaisé. « Ce que vous ferez de positif aujourd’hui sera votre meilleure protection demain », a glissé Cyril Ramaphosa à Joseph Kabila, lui conseillant de « reste(r) neutre ».

On sait aussi que ce même jour, la rencontre avec Emmanuel Ramazani Shadary, à l’aéroport de Ndjili, s’est faite à la demande du président sud-africain. Ce dernier a tenu au dauphin de Joseph Kabila peu ou prou le même discours, le mettant en particulier en garde contre le risque de déstabilisation de la sous-région en cas de processus électoral non satisfaisant en RDC. Ramazani Shadary l’aurait poliment écouté sans rien laisser paraître.

L’Angola à l’offensive le 14 août

Quelques jours plus tard, le 14 août à Luanda, à l’occasion d’une réunion extraordinaire de la sous-région à laquelle Joseph Kabila devait participer avant de se désister sous prétexte d’« agenda », c’est l’Angola qui a mené la charge. Au-delà du communiqué très diplomatique qui a sanctionné cette réunion, le président Jaoa Lourenço s’est montré, selon divers témoins, très offensif.

C’est ce qu’explique un de ses proches. « Si vous en voulez une preuve, prenez les déclarations du ministre angolais des affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto. D’habitude, celui-ci est plutôt sur une ligne modérée vis-à-vis de Kinshasa. Mais-là, les déclarations publiques qu’il a faites après le sommet montrent un changement de ton et un raidissement de la position de Luanda, au-delà de la seule présidence. Le ministre a indiqué, sur RFI notamment, que la non candidature de M. Kabila n’était qu’un point d’étape et non le point d’arrivée et que l’Accord de la Saint-Sylvestre, qu’il a placé au même niveau que la Constitution RD congolaise, devait être pleinement respecté », décrypte cet officiel angolais, faisant observer qu’« en diplomatie, on ne peut être plus clair ».

Sur la RDC, le point de vue de l’Angola est parfaitement aligné sur celui de l’autre grande puissance sous-régionale, le Rwanda. Les officiels des deux pays ne se privent d’ailleurs pas pour dire qu’ils bénéficient d’un « droit de regard » sur le processus électoral au Congo-Kinshasa car si celui-ci tournait à l’aigre, leurs pays seraient directement impactés.

Pour Paul Kagamé, la SADC pourrait faire en RDC ce qu’elle a fait au Zimbabwe

Mais que faire si Joseph Kabila n’écoutait pas les conseils avisés qui lui sont prodigués ? Paul Kagamé, le chef de l’Etat rwandais et président en exercice de l’Union africaine (UA), l’a clairement indiqué dans une déclaration publique lors du sommet de la SADC de Windhoek. Ce que l’organisation sous-régionale a fait aux Comores, au Lesotho, à Madagascar et plus récemment au Zimbabwe, elle est susceptible de le faire en RDC, a déclaré le président rwandais. A cet égard, M. Kagamé a dit « n’exclure aucun moyen ».

On se souvient que, dans le cas du Zimbabwe, la SADC avait il y a quelques mois menacé Harare d’intervenir, militairement au besoin, pour garantir le retour à l’ordre constitutionnel, menacé en cas de refus par les généraux de remettre le pouvoir aux civils, en l’occurrence au vice-président Emmerson Mnangagwa.

L’Histoire se répétera-t-elle en RDC où un processus électoral bancal risquerait de déstabiliser l’ensemble de la sous-région ? En tout cas, Kinshasa est prévenu : la SADC n’entend pas se contenter de mots.