RDC : Bruno Tshibala très critiqué pour s’être rendu à Uvira et à Goma mais pas à Bukavu, ravagée ce weekend par un terrible incendie

Bruno Tshibala, le premier ministre RD congolais, en meeting ce lundi 20 août à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu © Augustin Monsange

Ce lundi 20 août, Bruno Tshibala, le premier ministre RD congolais, était à Goma pour participer à un meeting populaire. Deux jours plus tôt, il s’était rendu à Uvira pour inaugurer les Jeux de l’amitié des Grands Lacs, sans passer par Bukavu, ville également située dans la province du Sud-Kivu, qui, quelques heures plus tôt, avait été ravagée par un terrible incendie. Depuis, le très discret chef du gouvernement est l’objet de vives critiques. 

De l’un de nos correspondants à Goma, Augustin Mosange, et de notre envoyé spécial à Bukavu

C’est sur l’esplanade du stade de l’unité de Goma, devant quelques centaines de personnes, que le premier ministre RD congolais, fraîchement arrivé dans la capitale du Nord-Kivu en provenance d’Uvira dans le Sud-Kivu, a, durant une dizaine de minutes, évoqué le processus électoral en cours en RDC.

Bruno Tshibala a tout d’abord salué la décision de Joseph Kabila de « respecter la Constitution » en désignant un autre candidat pour porter les couleurs de sa famille politique à l’occasion de l’élection présidentielle à venir.

S’adressant tout particulièrement à la jeunesse, Bruno Tshibala lui a lancé un appel qu’il a voulu solennel. « Je lance un message à la jeunesse du Nord-Kivu pour qu’elle suive l’exemple du chef de l’Etat qui respecte les textes, les lois, la Constitution de la RDC… » Pour le premier ministre, les jeunes doivent notamment barrer la route à ceux qui veulent les enrôler dans les groupes armés car seul le processus électoral en cours apportera, selon lui, la paix dans cette province souvent meurtrie de l’est du pays.

Sur un autre registre, Bruno Tshibala a évoqué l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement dans le nord de la province du Nord-Kivu, en particulier sur le territoire de Beni. Il a rappelé que la RDC a déjà fait face à plusieurs reprises à ce virus. D’un ton assuré, il a promis l’éradication « rapide » de cette maladie, soulignant la diligence avec laquelle le gouvernement congolais et ses partenaires s’étaient saisis de ce dossier.

Bruno Tshibala a également profité de sa venue à Goma pour pauser la première pierre sur le chantier de réhabilitation du stade UMOJA, dit de l’unité de Goma.

Polémique

Mais la venue du premier ministre, particulièrement transparent depuis sa nomination en avril 2017, est loin de faire l’unanimité. « Que vient-il faire à trois moins de la date officielle des élections ? », s’interroge cette Gomatracienne qui juge sa venue très électoraliste. « Il donne l’impression de faire campagne alors que les priorités à traiter sont très nombreuses mais visiblement, ça n’est pas sa priorité », peste cette habitante.

Même son de cloche du côté de Julien, un jeune trentenaire. « Bruno Tshibala vient inaugurer le chantier du stade de l’Unité mais comme il quittera son poste, je crains que ça ne soit qu’un effet d’annonce. Comme souvent en RDC, on pose une pierre, on fait des photos, puis on part et le chantier n’avance pas », commente avec amertume ce fan de football.

Mais les critiques les plus vives vis-à-vis du premier ministre et de son gouvernement portent avant tout sur le terrible incendie qui a ravagé dans la nuit de vendredi à samedi dernier le quartier Nyalukemba à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. Quelques heures à peine après que celui-ci s’est déclenché, le premier ministre s’est bien rendu dans le Sud-Kivu mais non à Bukavu mais à Uvira pour… inaugurer les Jeux de l’amitié des Grands Lacs. De là, il s’est rendu directement à Goma sans passer par le chef-lieu du Sud-Kivu. Une attitude jugée déplorable par beaucoup de Congolais.

D’une manière générale, nombreux ont été ceux à fustiger la réaction à la fois tardive et timide des autorités, qui ont mis du temps à adresser des mots de compassions aux différentes victimes, pourtant très nombreuses (200 maisons incendiées, 2000 personnes sans abris). Pire, sur place, le gouvernement s’est avéré incapable de faire face à la situation. Sans l’aide de la Monusco qui a contribué à éteindre l’incendie et à mettre à l’abris une partie des personnes touchées par ce drame. Sans cette intervention, la situation aurait été encore plus catastrophique qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Pour beaucoup de Congolais, c’est à Bukavu parmi les victimes de ce terrible incendie qu’aurait dû s’attarder le premier ministre, plutôt que de se rendre à Goma pour poser la première pierre d’un stade de football dont il ne verra probablement jamais la fin du chantier.