RDC : 600 millions de dollars de dépenses douteuses faites par la Présidence entre février et juin 2019, selon plusieurs sources au sein du ministère des Finances et à la Banque centrale

Entre janvier, date de l'investiture de Félix Tshisekedi (à gauche), et la fin décembre, le montant des dépenses douteuses faites par la présidence s’élèverait à plus d'un milliard de dollars selon les services du ministre des Finances (à droite) et de la BCC © DR

Le 29 novembre en conseil des ministres, Félix Tshisekedi a tancé le ministre des Finances, José Sele Yalaghuli. Le président RD congolais lui reproche de bloquer les autorisations de paiement nécessaires au bouclage du « programme d’urgence des cent jours ». Et pour cause. 

Nommé ministre des Finances en juin dernier, José Sele Yalaghuli considère qu’entre l’investiture du président Félix Tshisekedi fin janvier et la cérémonie de « remise-reprise » (passation officielle de charges au sein du ministère des Finances intervenue début juillet), 600 millions de dollars « au moins » de dépenses auraient été ordonnés par la Présidence « sans soubassement ». Autrement dit, sans avoir suivi la « chaîne de dépenses », le corpus de règles qui régit la comptabilité publique : absence d’appel d’offres, passation de marché de gré à gré au-delà du montant autorisé, etc.

Plus grave, pour une bonne partie de ces dépenses, l’ex-directeur de cabinet de l’ancien premier ministre Augustin Matata Ponyo, réputé pour avoir été plus rigoureux que ses prédécesseurs dans la gestion des deniers publics, soupçonne l’absence de véritables contre-parties en termes de fourniture de biens ou de services, ainsi que des surfacturations susceptibles d’avoir donné lieu à des rétro-commissions.

Les dépenses incriminées couvrent en partie celles prévues pour le financement du « programme d’urgence des cent jours » (une centaine de millions de dollars au total), ainsi que de celles engagées par la présidence pour assurer son fonctionnement entre fin janvier et juin 2019 (frais de personnels, de mission, de voyages…).

Ne souhaitant pas engager sa responsabilité pénale en ordonnant le décaissement de ces dépenses – qu’il considère douteuses – auprès du Trésor, José Sele Yalaghuli freine depuis plusieurs mois des quatre fers. D’où l’algarade passée par Félix Tshisekedi lors du conseil des ministres du 29 novembre.

Plus d’un milliard de dollars dépensés au total en 2019

Il a fallu l’intervention directe de l’ex-chef de l’Etat Joseph Kabila, pour que le ministre des Finances, membre du PPRD, accepte finalement ces derniers jours de s’exécuter.

Reste que selon plusieurs sources au sein du ministère des Finances et à la Banque centrale du Congo (BCC), au rythme actuel, le montant de demandes de dépenses douteuses émanant de la Présidence, qu’ils chiffrent à 600 millions de dollars à fin juin, s’élèverait d’ici la fin de l’année à plus d’un milliard de dollars.