Primature en RDC : Joseph Kabila intensifie ses pressions sur Félix Tshisekedi 

Felix Tshisekedi et Jean-Marc Kabund de l'UDPS convoqués ce 28 mars 2018 devant le Tribunal de paix de Kinshasa-Matete. © DR – Twitter

Tharcisse Loseke, le président délégué de l’« UDPS » (aile Bruno Tshibala) a porté plainte, lundi 26 mars 2018, contre Jean-Marc Kabund, le secrétaire général de l’UDPS (aile Félix Tshisekedi, perçue comme légitime) pour avoir convoqué un congrès extraordinaire du parti afin de désigner le successeur de feu Étienne Tshisekedi.

Ce dernier, qui est proche du premier ministre RD congolais, dénonce un « acte frauduleux » qui vise « à désorienter la base de l’UDPS et nuire aux intérêts du parti. »  En conséquence de quoi, il exige une réparation de 100.000 US dollars.

Ici aussi, la justice a manifestement décidé de faire preuve d’une grande célérité. M. Kabund a en effet été cité à comparaître deux jours plus tard, soit ce mercredi 28 mars « à partir de 9h00 », devant le tribunal de paix de Kinshasa-Matete (voir document ci-dessous). Si l’institution judiciaire accélère, c’est parce que le pouvoir souhaite habiller juridiquement un éventuel blocage de l’accès à la salle où doit se tenir le Congrès du parti prévu les 30 et 31 mars prochains.

La citation directe à comparaître visant Jean-Marc Kabund, le secrétaire général de l’UDPS.

Si cette péripétie s’inscrit dans la guerre de légitimité que se livrent Félix Tshisekedi, le fils biologique d’Étienne Tshisekedi, et Bruno Tshibala, l’actuel premier ministre, pour le contrôle de l’UDPS, elle doit surtout être analysée à l’aune des intenses pressions qu’exercent depuis plusieurs mois désormais Joseph Kabila et son camp sur les épaules de Félix Tshisekedi afin qu’il accepte l’offre qui lui est faite d’accéder à la primature.

Une telle offre, si l’intéressé y donnait une suite favorable, présenterait pour le président (hors mandat) RD congolais un intérêt majeur sur le plan tactique. Elle lui offrirait en effet, compte tenu de la valeur symbolique de Félix Tshisekedi, la possibilité d’ouvrir une transition de deux ans, le temps pour lui de changer la Constitution et de briguer un nouveau mandat.

Pour Joseph Kabila, ce scénario constitue le plan A ; le plan B étant des élections très « maîtrisées »  avec impossibilité pour Moïse Katumbi de s’y présenter et coup de pouce donné dans les urnes (via la machine à voter) au dauphin qu’il aura désigné.

Pour tenter de mettre en oeuvre le Plan A, qui a de loin sa préférence, Joseph Kabila et ses proches ne ménagent aucun effort. Ils manient à la fois la carotte et le bâton. Ainsi, outre cette menace de blocage de l’accès à la salle pour les militants lors du Congrès de l’UDPS, le camp présidentiel tente d’amadouer Félix Tshisekedi en passant par son oncle, Monseigneur Mulumba. Ce dernier s’est ainsi vu remettre il y a quelques semaines par un proche de Joseph Kabila une importante somme d’argent en partie destinée à régler les frais de la morgue à Bruxelles où repose le corps d’Étienne Tshisekedi depuis son décès, le 1er février 2017.

À ce jour, quelle que soit la nature des pressions – carotte ou bâton -, Félix Tshisekedi n’y a pas cédé. Il est peu probable qu’il le fasse d’ailleurs. Ce, pour deux raisons au moins. D’une part, il sait que faire droit à la proposition de Joseph Kabila le condamnerait à l’impopularité. « Ce serait le baiser de la mort » , nous confie un de ses proches. D’autre part, comme nous l’indique cet intime, « Félix [Tshisekedi] n’a aucune confiance dans la parole de Joseph Kabila, dont il sait que la mauvaise foi n’est pas la dernière de ses qualités ». Il est vrai que le président (hors mandat) RD congolais a, en effet, eu l’occasion de le prouver à de nombreuses reprises ces dernières années…