Pourquoi la société civile du Nord-Kivu n’a pas observé le deuil national décrété par Joseph Kabila suite au terrible accident de Madimba au Kongo Central ?

Le président de la société civile du Nord-Kivu, John Banyenye © DR

Vendredi 6 octobre dernier, un terrible accident de la circulation a coûté la vie à 53 personnes et fait plusieurs blessés graves, selon un bilan encore provisoire, dans le territoire de Madimba, situé à six kilomètres de Kisantu dans la province du Kongo Central.

Face à la vive émotion provoquée par ce terrible accident, le président (hors mandat) RD congolais Joseph kabila a décrété, à compter du lundi 8 octobre, un deuil national de trois jours sur toute l’étendue du territoire congolais. Des instructions ont été données au gouvernement afin notamment de prendre en charge les funérailles des victimes et les soins des blessés.

Mais cette initiative ne laisse d’interroger la société civile du Nord-Kivu qui y voit l’expression d’un deux poids deux mesures. Cette province de l’est de la RDC est en effet régulièrement victime de drames de toutes sortes sans que les autorités nationales, le plus souvent, ne s’en émeuvent.

Les exemples foisonnent. En septembre 2017, des pluies diluviennes s’étaient abattues sur la localité de Bihambwe dans le territoire de Masisi, provoquant des crues dans les rivières qui ont fait au moins 12 morts et 92 disparus selon un bilan officiel. Pas un mot de compassion de la part du chef de l’Etat.

« Au Nord-Kivu, nous vivons des drames à répétition. Or, nous attendons toujours qu’un deuil national soit décrété » 

Dans le grand nord de la province du Nord-Kivu, les attaques de présumés rebelles  ADF à Beni (ville et territoire) ont fait plus de 2 500 morts depuis octobre 2014. Mais malgré le nombre et la sauvagerie des tueries, jamais un un deuil national n’a été décrété pour pleurer les victimes de Beni ou de Masisi, fait observer la société civile du Nord-Kivu. On pourrait ainsi multiplier les exemples.

Pour le président de cette structure citoyenne, John Banyenye, « c’est au chef de l’Etat de prendre ses responsabilités, de dire pourquoi il a décrété un deuil national pour les uns et pas pour les autres. Au Nord-Kivu, nous vivons des drames à répétition. Il y a des massacres presque chaque semaine. Cela dure depuis longtemps. Or, nous attendons toujours qu’un deuil national soit décrété pour nos frères et sœurs, très nombreux, qui ont  perdu la vie, souvent dans des conditions atroces » , a-t-il indiqué.

Pas de concurrence victimaire

Pour protester contre cette inégalité de traitement, la société civile du Nord-Kivu a donc pris la décision – grave – de ne pas observer le deuil national décrété par le chef de l’Etat Joseph Kabila suite au terrible accident dans le territoire de Madimba. Dans son esprit, il ne s’agit pas de contester l’opportunité d’une telle initiative, bien au contraire ; ni même de verser dans la concurrence victimaire. Il s’agit d’alerter les autorités, et par la même l’opinion publique et la communauté internationale, sur le fait que les drames à répétition que vit depuis longtemps le Nord-Kivu, qu’il s’agisse de massacres de civils ou de militaires, de vols ou de destructions, de catastrophes naturelles, etc., mériteraient eux aussi, ne fut-ce qu’une seule fois, l’attention du chef de l’Etat et la sollicitude du gouvernement.