Nord-Kivu : les personnes vivant avec le VIH-sida abandonnées à leur sort

Françoise Kahindo, la secrétaire exécutive de l'Union congolaise des organisations des personnes vivant avec le VIH-sida (UCOPLUS), tire la sonnette d'alarme sur la situation qui prévaut dans le Nord-Kivu © DR

Cela fait plusieurs mois qu’elles ne sont plus prises en charge par le gouvernement dans cette province située à l’est de la RDC. Les personnels soignants craignent une recrudescence du nombre de décès. 

En effet, les cas de décès, faute d’une prise en charge adéquate, sont repartis à la hausse ; d’autres malades, également infectés par le virus, ont vu leur état de santé se dégrader.

La secrétaire exécutive de l’Union congolaise des organisations des personnes vivant avec le VIH SIDA (UCOPLUS), Françoise Kahindo, indique que cette situation touche l’ensemble de la province du Nord-Kivu. « Même dans la ville de Goma, qui est le chef-lieu de la province, il y a une rupture dans la prise en charge de la maladie. Alors imaginez ce qu’il en est à l’intérieur du territoire difficilement accessible par la route où pullulent les groupes armés ? Mes correspondants m’ont alerté qu’ils ne disposaient plus des stocks de médicaments nécessaires », explique Françoise Kahindo. « Pour éviter une catastrophe sur le plan sanitaire, nous avons besoin d’une aide urgente car si nos patients rechutent, il sera très difficile de les sauver. Pour être efficaces, les traitements contre le VIH-sida doivent en effet être pris en continu », ajoute la responsable de l’UCOPLUS.

A plusieurs reprises ces derniers mois, les personnes vivant avec le virus du VIH-sida ont organisé des marches et des sit-in devant le bureau de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu afin de sensibiliser les députés à cette situation et les inciter à dégager les budgets nécessaires. En vain.

« Nous sommes fatigués de faire des sit-in et des plaidoyers. Aucune solution ne nous a été apportée par les autorités. Un jour, je suis personnellement allée voir le gouverneur de la province [Julien Paluku]. Il m’avait renvoyé vers son ministre de la santé. Mais malheureusement, ce dernier n’a absolument rien fait. Or les malades ont impérativement besoin de ces médicaments pour vivre », déplore Françoise Kahindo.

L’ONG Médecin Sans Frontières également touchée

La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle s’est encore récemment détériorée. Certaines organisations non gouvernementales qui s’occupent des malades n’arrivent plus à satisfaire la demande. C’est le cas notamment de l’ONG Médecin Sans Frontières. « Jusqu’à présent, MSF prenait en charge les personnes vivant avec le VIH-sida. Malheureusement, elle ne dispose que de six structures pour couvrir l’ensemble du territoire provincial et elle est aussi touchée par les problèmes d’approvisionnement. Récemment, je m’y suis rendue pour récupérer des molécules. On ne m’a donné qu’une seule boîte alors qu’il m’en fallait trois. Et par manque d’intrants, certains centres de santé ne pratique plus le dépistage volontaire du sida », déplore Françoise Kahindo.

Aujourd’hui, la principale crainte de la secrétaire exécutive d’UCOPLUS réside dans le fait que la rupture dans l’approvisionnement des médicaments occasionnera inévitablement une rechute de l’état de santé général des malades alors que quand ceux-ci prennent régulièrement leurs antirétroviraux, la propagation du virus est stoppée.

Mardi 18 septembre, une femme atteinte du VIH-sida a été enterrée. Elle n’avait pu poursuivre son traitement faute de médicaments.