Nomination de Denis Kadima à la tête de la CENI : Tshisekedi succombe à son tour à la « malédiction du pouvoir » en RDC

En signant l'ordonnance de nomination de Denis Kadima à la tête de la CENI, Félix Tshisekedi vient d'ouvrir la voie à une possible période de troubles politiques en RDC © DR

Dans une allocution télévisée diffusée ce vendredi soir sur la RTNC, le président RD congolais a annoncé sa décision d’entériner la nomination, pourtant très contestée, de Denis Kadima, un de ses hommes-liges, à la tête de la Commission nationale électorale indépendante. Au risque de précipiter derechef le pays dans le chaos.

La RDC va-t-elle à nouveau basculer dans un nouveau cycle de violences ? Ce soir, ce qui n’était encore il y a peu qu’une hypothèse gagne de plus en plus en probabilité.

Sans surprise, dans une allocution télévisée diffusée ce vendredi 22 octobre à 20h00, Félix Tshisekedi a annoncé qu’il entérinait la nomination, pourtant entachée de multiples irrégularités, de Denis Kadima au poste de président de la CENI, ainsi que des autres membres dont la liste a été arrêté quelques jours plus tôt par l’Assemblée nationale.

« J’ai décidé de signer l’ordonnance nommant les membres de la nouvelle CENI », a déclaré le chef de l’Etat congolais. Un choix destiné à « verrouiller » l’élection présidentielle prévue en 2023 que M. Tshisekedi est tout sauf certain de remporter à la régulière en raison d’un bilan au pouvoir plombé et d’une base partisane étriquée.

En janvier 2019, au moment de son investiture comme président, beaucoup espéraient de Félix Tshisekedi qu’il finirait par rompre avec les pratiques de son prédécesseur, Joseph Kabila, qu’il n’avait eu de cesse de dénoncer.

Las, Félix Tshisekedi a choisi de suivre à la lettre l’exemple de M. Kabila. En 2015, ce dernier avait imposé aux forceps à la tête de la CENI, un de ses affidés, Corneille Naanga, afin de verrouiller le processus électoral.

Bis repetita

Six ans après, c’est la même pièce d’un mauvais théâtre qui semble être rejouée. A ceci près que les acteurs principaux ont changé de rôle. Félix Tshisekedi, hier opposant dans l’ombre de son père, Etienne, est désormais président. Et Joseph Kabila, hier chef de l’Etat, est aujourd’hui dans l’opposition.

En 2016, Joseph Kabila avait dû affronter des manifestations de rue, organisées à la fois par une opposition unie, l’Eglise catholique, très influente en RDC, et une société civile très mobilisée.

Félix Tshisekedi, qui à son tour succombe à la « malédiction du pouvoir qui frappe tous les présidents en RDC », pour reprendre l’expression d’un ambassadeur chevronné longtemps en poste à Kinshasa, va-t-il vivre le même scénario, au risque de se mettre à dos une grande partie du pays et de lui faire perdre le peu de crédit qu’il lui reste à l’international ? Un début de réponse réside peut-être dans la formule, restée célèbre, d’Albert Einstein : « C’est de la folie de penser qu’en faisant tout le temps la même chose vous pouvez obtenir des résultats différents ».