Marche de l’opposition à Goma : « via la machine à voter, la CENI veut pousser les Congolais à boycotter les élections »

A Goma, les manifestants sont descendus dans la rue ce matin pour dire non à la machine à voter © Augustin Mosange

Car les jeux seraient faits d’avance, ont indiqué les responsables de l’opposition à l’occasion d’une marche pacifique, ce vendredi 26 octobre, qui a rencontré un franc succès. La mobilisation a en effet été forte dans le chef-lieu du Nord-Kivu. 

Par Augustin Mosange, l’un de nos correspondants à Goma

A Goma, une fois n’est pas coutume, la grande marche de l’opposition s’est déroulée ce matin sans incident. Les manifestants ont respecté les engagements pris envers les autorités et la police nationale a encadré cette fois-ci de manière professionnelle la foule des manifestants venue nombreuse pour dire non à la machine à voter.

Du rond-point Signers au secrétariat exécutif provinciale de la CENI Nord-Kivu, les manifestants ont entonné des chants, brandissant des calicots avec des messages disant « non à la machine à voter, au fichier corrompu et aux électeurs sans empreintes digitales » mais « oui aux élections libres, transparentes et apaisées le 23 décembre prochain ».

Arrivés au bureau de la CENI, les manifestants ont lu un mémorandum adressé à Corneille Nangaa, le président de cette institution très controversée car très liée au pouvoir, mémorandum dans lequel ils ont rappelé leur détermination à aller aux élections mais sans la machine à voter qui, selon eux, ferait le lit d’une vaste fraude à venir en faveur du pouvoir.

« La machine à voter est une guerre que la CENI veut imposer à la population congolaise car celle-ci veut l’inciter à boycotter les élections [pour faire gagner le pouvoir] », a expliqué l’honorable Kakule Saasita du G7, avant de poursuivre : « quant aux 10 millions d’électeurs fictifs, sans empreintes digitales, les partis et regroupements politiques de l’opposition, ainsi que les forces acquises au changement les considèrent comme une autre manœuvre qui permettra de justifier le bourrage des urnes le jour des élections ».

Après une lecture publique de ce mémorandum, celui-ci a été remis au chargé de l’éducation civique électorale à la CENI qui a promis le communiquer à qui de droit.

Parmi les nombreux manifestants ce vendredi, figuraient les militants de la Lucha, des militants des partis politiques d’opposition, mais également de « simples » citoyens qui ont abandonné leurs occupations pour venir participer à cette marche contre la machine à voter et pour l’organisation d’élections crédibles et transparentes. Plusieurs observateurs de différents bords ont estimé qu’à cette occasion, la mobilisation avait été forte.

Symboliquement, les manifestants se sont livrés à un simulacre d’incinération de la machine à voter. Manière de montrer leur détermination.

Face au tollé général provoqué par l’usage de cet outil, qui est soupçonné d’être l’instrument d’une fraude à grande échelle en faveur d’un pouvoir largement impopulaire, le régime de Joseph Kabila pourrait fort bien rétro-pédaler, histoire de ne pas faire perdre encore un peu plus de crédit à ce processus électoral qui en manque déjà beaucoup.