Libération des prisonniers politiques en RDC : Pourquoi Joseph Kabila met des bâtons dans les roues de Félix Tshisekedi

Félix Tshisekedi le 2 mars dernier avant de rendre public son programme pour les cent premiers jours (Archives) © Twitter/Presidence RDC

Alors que Félix Tshisekedi avait promis de libérer les prisonniers politiques sous dix jours, Joseph Kabila lui met des bâtons dans les roues. Conséquence : le nouveau président n’a pu tenir la promesse la plus symbolique de son début de mandat.

C’est sans doute, à ce stade, la promesse phare de son début de mandat. Libérer sous dix jours les prisonniers politiques. Félix Tshisekedi s’y était engagé le 2 mars dernier à l’occasion de la présentation de son programme des cents premiers jours.

Or, hier, mardi 12 mars, cela faisait exactement dix jours que la promesse a été faite. Las, les Congolais n’ont rien vu venir. La faute à qui ? A Joseph Kabila tout d’abord qui joue la montre sur ce dossier.

En effet, le désormais ex-chef de l’Etat, omniprésent en coulisse, ne voit pas d’un bon œil la promesse faite par son successeur. Il faut dire que la plupart des prisonniers politiques (Eugène Diomi Ndongala, Franck Diongo, Eddy Kapend, etc.) sont considérés par M. Kabila comme des ennemis personnels.

En outre, ce dernier ne souhaite pas, comme lors de l’épisode de l’informateur qui aurait pu être nommé avant de désigner le premier ministre, offrir à M. Tshisekedi une victoire à haute portée symbolique. D’une part, M. Kabila n’a pas envie de souffrir la comparaison avec son successeur sur ce dossier (« Kabila les a enfermés, Tshisekedi les a libérés »).

D’autre part, l’ex-chef de l’Etat n’a pas intérêt à ce que l’étoile de M. Tshisekedi brille trop fortement au risque que ce dernier ne se sente pousser des ailes et cherche progressivement à s’extraire de sa pesante tutelle, patiemment négociée dans le cadre d’un accord de partage du pouvoir.

Afin de s’assurer que les délais ne soient pas tenus, Joseph Kabila a « encouragé » le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, l’un de ses proches, à rester dans le Maniema afin de battre la campagne pour les élections sénatoriales plutôt que de venir à Kinshasa pour traiter le dossier de la libération des prisonniers politiques.

Conscient du mauvais effet induit par cette promesse non tenu, Félix Tshisekedi a médiatisé hier sa rencontre avec Joseph Olenghankoy, le président du Conseil national de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), une institution non supprimée malgré la caducité de l’accord à l’origine de sa création.

Au sortir de la réunion, Félix Tshisekedi s’est gardé de communiquer, laissant ce soin à M. Olenghankoy. « Je crois que le ministre de la Justice va s’acquitter dans les prochains jours de ses obligations conformément à la loi et je crois qu’il y aura une autre partie où le président de la République, Félix Tshisekedi assumera ses prérogatives en tant que chef de l’Etat », a écrit sur son compte Twitter le président du CNSA.

Joseph Kabila reste l’homme fort du pays et le véritable maître du jeu

Pas de quoi cependant rassurer et calmer les interrogations. Joseph Kabila, qui est le véritable décideur, lâchera-t-il du lest pour permettre à son successeur de remplir sa promesse ? Si oui, tous les prisonniers politiques, y compris les cas les plus symboliques, seront-ils bien concernés par ces mesures d’élargissement ?

En réalité, de l’aveu même de Joseph Olenghankoy, très peu de prisonniers politiques sont susceptibles de bénéficier de la grâce présidentielle en vertu de l’article 87 de la Constitution. Il faut en effet que ceux-ci aient été condamnés définitivement. C’est le cas seulement de Franck Diongo ou encore de Firmin Yangambi. Quant à Eugène Diomi Ndongala, le président du parti Démocratie Chrétienne, le FCC soutient qu’il s’agit non pas d’un prisonnier politique mais d’un détenu de droit commun qui ne peut donc être bénéficiaire d’une grâce.

D’une manière générale, le sort de plus d’une centaine d’autres prisonniers ne dépend en réalité pas que du nouveau chef de l’Etat. Il lui faut impérativement compter sur la coopération du ministre de la Justice, du parquet et même des services pénitentiaires (qui sont tous entre les mains de M. Kabila). Qui plus est, beaucoup de ces détenus ne pourront bénéficier – au mieux – que d’une remise en liberté provisoire.

Pour tenir sa promesse la plus symbolique de son début de mandat, Félix Tshisekedi est donc largement dépendant du bon vouloir de Joseph Kabila. L’ex-président qui reste l’homme fort du pays et le véritable maître du jeu.