Eviction par « tirage au sort » du juge Kaluba de la présidence de la Cour constitutionnelle en RDC : le « hasard » fait parfois bien les choses…

Le juge Dieudonné Kaluba paye son indépendance vis-à-vis de Félix Tshisekedi en étant évincé de la présidence de la Cour constitutionnelle © DR

En République démocratique du Congo, le président de la Cour constitutionnelle, jugé trop indépendant par Félix Tshisekedi, a été révoqué ce mardi 10 mai au terme d’une mascarade de « tirage au sort ». Jeune Afrique a révélé le pot-aux-roses en donnant le nom du sortant plusieurs heures avant que le « tirage au sort » n’ai officiellement lieu. 

S’il fallait une énième preuve que Félix Tshisekedi n’est pas le « grand démocrate » que l’alternance au pouvoir de 2019 le laissait espérer, difficile d’en trouver de meilleure.

Ce mardi 10 mai, la Cour constitutionnelle a organisé un tirage au sort, officiellement pour renouveler deux de ses neufs juges. Officieusement, l’objectif était tout autre : écarter de la Haute-juridiction son président, le juge Kaluba, dont le principal défaut semble-t-il était d’avoir l’échine insuffisamment souple.

Plusieurs heures avant que ce tirage au sort (organisé à huis clos en dehors de toute base constitutionnelle ou légale) n’ait lieu, Jeune Afrique en a révélé le résultat ! (lire l’article publié mardi 10 mai au matin)

« Selon un document signé par le greffier en chef, l’audience de ce jour pour le tirage au sort des nouveaux magistrats a été convoquée après que Félix Tshisekedi a donné des instructions en ce sens via une lettre de son directeur de cabinet, Guylain Nyembo, datée du 6 mai 2022 », révèle l’hebdomadaire panafricain. Des informations recoupées et vérifiées par le Congo Libéré.

Exit donc Dieudonné Kaluba, remplacé par Dieudonné Kamuleta Badibanga, un ancien conseiller à la Cour de cassation et juge à la Cour constitutionnelle depuis juillet 2020 qui a le mérite, aux yeux du camp Tshisekedi, d’être de bien meilleure composition.

A l’évidence, le juge Kaluba paye la décision de la Cour constitutionnelle du 15 novembre dernier lors de laquelle la Haute-juridiction s’est déclarée incompétente pour juger l’ex-premier ministre Matata Ponyo Mapon dans l’affaire Bukanga Lonzo que Félix Tshisekedi cherche désespérément à écarter de la course à la présidentielle de 2023.

Un accès d’indépendance insupportable aux yeux du chef de l’Etat qui a impérativement besoin d’une Cour constitutionnelle à sa main. C’est elle en effet qui est juge en dernier ressort de l’élection présidentielle. Début 2024, si l’élection a lieu dans les délais, elle sera donc appelée à valider les résultats d’un scrutin que M. Tshisekedi sait impossible pour lui de remporter à la régulière.

Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons du « coup du sort » qui a frappé ce mardi à Kinshasa le juge Kaluba.