Et si Joseph Kabila choisissait Martin Kabwelulu pour dauphin ?  

Joseph Kabila, le président (hors mandat) RD congolais, s'est rendu au domicile d'Antoine Gizenga, chef du Parti lumumbiste unifié (PALU), le 19 mars 2018 au quartier GLM au centre-ville de Kinshasa. © DR – Twitter

Ces derniers jours, la presse s’est faite l’écho de la volonté du président (hors mandat) Joseph Kabila, sous pression pour organiser des élections auxquelles il ne peut ni se représenter ni se soustraire indéfiniment, de recruter son dauphin au sein du PALU, le Parti Lumumbiste Unifié.

Plusieurs noms ont été coup sur coup évoqués, dont ceux d’Adolphe Muzito et d’Antoine Gizenga. Problème : le premier s’est fait exclure du parti la semaine dernière, en même temps que le secrétaire général, Lugi Gizenga (le propre fils de d’Antoine Gizenga).

Quant au second, Antoine Gizenga, auquel Joseph Kabila a rendu visite il y a quelques jours afin de désamorcer le projet d’alliance entre le PALU, le MLC, l’UNC, esquissé par Muzito et Lugi Gizenga (qui est la raison de leur exclusion du parti), il est bien trop vieux désormais pour caresser un tel rêve. « Il a 92 ans aujourd’hui. Il est, il faut malheureusement le reconnaitre, grabataire et donc aisément manipulable. Ceux qui l’instrumentalisent aujourd’hui sur le plan politique n’ont aucune vergogne », peste un membre de sa famille, fustigeant au passage « l’attitude déplorable » de Joseph Kabila vis-à-vis du « vieux » Gizenga.

En réalité, si Joseph Kabila cherche à maintenir le PALU au sein de la MP, c’est d’abord pour ne pas donner l’impression que sa majorité part à vau-l’eau. C’est ensuite pour des raisons tactiques : le PALU étant bien implanté à l’ouest, contrairement à la MP qui dans sa configuration actuelle, est davantage représentée dans l’est du pays, Kabila a besoin du PALU pour couvrir convenablement l’ensemble du territoire congolais. Enfin, c’est aussi parce que ce dernier a retenu dans sa short list de dauphins potentiels un des membres de ce parti. En l’occurrence, Martin Kabwelulu.

Inamovible ministre des mines depuis le premier mandat de Joseph Kabila

Aux yeux de Joseph Kabila, Kabwelulu présente le profil idéal. « Depuis toutes ces années, il a démontré sa loyauté vis-à-vis du Président », explique un député national de la MP. Il est vrai que Kabwelulu est réputé pour sa docilité. « C’est un parfait exécutant », dit un responsable de l’opposition avec ironie.

Un signe ne trompe pas. Depuis 2006, Martin Kabwelulu n’a jamais été démis de ses fonctions au sein du gouvernement ; fonctions qu’il occupe sans discontinue depuis 11 ans. Et pas n’importe lesquelles. Il est ministre des Mines. Un poste éminemment stratégique en RDC.

Martin Kabwelulu a ainsi survécu depuis 2006 à pas moins de cinq premiers ministres : Antoine Gizenga, Adolphe Muzito, Augustin Matata Ponyo, Samy Badibanga et Bruno Tshibala. De fait, l’homme est inamovible. Et pour cause, dans le système Kabila, il occupe une place centrale. L’essentielle de la fortune personnelle de Joseph Kabila et de son clan provient du secteur des mines, fortement soumis à la corruption. Et Kabwelulu est considéré comme l’un des gardiens du temple, l’un des principaux rouages du mécanisme mis en place par Joseph Kabila et son clan pour aspirer à leur profit un maximum d’argent public.

Ces dernières semaines, d’ailleurs, Martin Kabwelulu, s’est discrètement mais particulièrement illustré dans la réforme du code minier qui vient d’être adoptée. Réforme qui a provoqué la colère des entreprises étrangères du secteur (à l’exclusion des groupes chinois) qui viennent de claquer avec fracas la porte de la Fédération des Entreprises Congolaises (FEC).

« Kabwelulu s’affiche peu, il fuit la lumière mais en coulisses, ils tirent beaucoup de ficelles. En tout cas, celles que le président Kabila lui désigne », confie – très remonté – un dirigeant de l’une de ces entreprises minières qui opèrent dans l’ex-Katanga.

Joseph Kabila, qui répugne à aller aux élections, sait qu’il n’a plus le choix. Sa préoccupation est double désormais : maitriser un scrutin qu’il est tenu d’organiser et désigner un dauphin, à qui il pourrait lui-même succéder une fois achevé ce « mandat de transition ». Martin Kabwelulu sera-t-il ce dauphin-là ? Si le choix du président RD congolais n’est pas encore arrêté, l’option Kabwelulu lui apparaît en tout cas de plus en plus séduisante…