Énième tuerie à Beni : 12 nouveaux civils au moins tués par de présumés ADF samedi soir

De rage, la population de Beni a déposé devant la mairie les corps des douze victimes civiles de la tuerie du samedi 20 octobre © DR

12 civils au moins ont été tués samedi soir par de présumés ADF à Beni ville. D’autres ont été blessés ou kidnappés. Ce dimanche, des manifestations de colère ont eu lieu, la population exprimant son ras-le-bol face à la multiplication des tueries ces dernières semaines dans cette localité de la province du Nord-Kivu, située à l’est de la RDC. Pour ajouter à la confusion, des coups de feu ont été entendus. « La population de Beni est abandonnée par le gouvernement congolais et la communauté internationale », dénonce le président de la société civile ville de Beni, Kizito Bin Hangi. Interview.

Propos recueillis par Pacheco Kavundama, l’un de nos correspondants à Goma 

Pouvez-vous nous dire quelle est la situation à Beni ville aujourd’hui ?

La situation est extrêmement tendue. La population – les jeunes notamment – est descendue dans la rue pour exprimer sa colère suite aux tueries d’hier soir (samedi 20 octobre). Des individus ont fait une incursion dans le quartier Boikene où ils ont tué au moins 12 civils et en ont enlevé d’autres. Ils ont également blessé d’autres personnes encore et pillé plusieurs maisons. Ce matin, la situation reste préoccupante. D’autant qu’on entend des crépitements de balles. La population est vraiment en colère. Elle manifeste son ras-le-bol face à la multiplication des tueries. La police, elle, tente de disperser les manifestants.

Avez-vous une idée du bilan du côté FARDC et du côté des présumés rebelles ?

Le bilan du côté des FARDC n’est pas de notre ressort. Nous ne nous ne décomptons que le nombre de civils tués. Celui-ci s’élève, comme je l’ai dit, à 12 morts, sans compter les blessés et les personnes kidnappées. 12 morts de trop qui démontrent, une fois de plus, que la population de Beni est abandonnée par le gouvernement congolais et la communauté internationale.

Il y a quelques jours, le chef d’état major général des FARDC est venu à Beni. Nous lui avons fait part de nos recommandations quant aux solutions à mettre en œuvre pour régler la situation ici. Seront-elles mises en œuvre ? Et si oui, quand ? Nous n’en savons rien. En attendant, le silence et plus encore l’inaction des autorités congolaises et de leur soutien, dont la MONUSCO, sont coupables.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, la récurrence des cas d’incursions et de tueries prêtés aux rebelles ADF à Beni ?

On ne le sait toujours pas. Nous ne savons pas comment les rebelles ADF peuvent être aussi actifs, mener autant d’incursions sanguinaires alors que les forces de sécurité congolaises sont présentes en nombre, de même que les forces onusiennes de la MONUSCO. Hier, ces présumés ADF ont traversé deux positions des FARDC pour venir attaquer la population. C’est vraiment incompréhensible.

Ce dimanche, on apprend que certains bureaux administratifs ont été incendiés par la population en colère. Confirmez-vous ces informations ?

Comme je l’ai indiqué, la population de Beni a manifesté dans les rues ce matin pour crier sa colère. Trois bureaux administratifs de la mairie de Beni ont été saccagés et incendiés. En outre, de rage, les corps des victimes ont été déposés par la population devant la mairie de Beni.

Trois bureaux administratifs de la mairie de Beni ont été saccagés et incendiés ce dimanche 21 octobre au matin © DR