Désignation controversée des membres de la CENI en RDC : Tshisekedi se met à dos la quasi-totalité des forces vives du pays

Félix Tshisekedi voit en Denis Kadima une assurance-vie politique © DR

Après des mois de blocage et de tensions, l’Assemblée nationale a entériné ce samedi 16 octobre, dans un contexte houleux marqué par des bagarres dans l’enceinte du Parlement, 12 des 15 membres de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont son président Denis Kadima, un expert des questions électorales de 60 ans, très proche de Félix Tshisekedi. Ce choix doit désormais être validé par ordonnance présidentielle. Mais il suscite déjà une levée de bouclier inédite dans le pays, tant au sein de la classe politique, majorité et opposition confondues, qu’au sein de la société civile.

« Errare humanum estperseverare diabolicum ».

En entérinant hier le choix de Denis Kadima à la tête de la CENI au terme d’un processus entaché de multiples irrégularités, l’Assemblée nationale, contrôlée par des proches du président RD congolais, n’a fait que rejouer le scénario de 2015 quand Joseph Kabila avait porté à la tête de l’institution Corneille Naanga.

La suite est connue. Des élections truquées qui ont permis, au terme d’un « deal », à M. Tshisekedi, arrivé loin derrière Martin Fayulu, de revêtir l’écharpe présidentielle. La présidentielle de 2023 sera-t-elle du même acabit ? Avec la désignation de Kadima, la RDC en prend peu à peu le chemin.

C’est la conscience de cette énième catastrophe électorale annoncée qui a fait réagir hier, dans un rare concert d’unanimité, une grande majorité des responsables du pays, dans la classe politique comme au sein de la société civile.

« Denis Kadima, c’est le candidat du pouvoir, le candidat de M. Tshisekedi. Celui-ci est très minoritaire dans le pays. Son bilan est mauvais et sa base électorale est étriquée. La seule chance de conserver son poste de président, c’est de truquer les élections », a dénoncé sur le palier de l’Assemblée nationale un député du FCC resté fidèle à Joseph Kabila.

Un point de vue en partie partagée au sein de la fragile majorité où le risque de fracture est désormais bien réel. « Il faut rappeler qu’au niveau de l’Union sacrée nationale, il n’y a pas eu de compromis sur la décision des membres de la CENI. Comment, dans ces conditions, peut-on valablement procéder à des désignations ? », a réagi Dieudonné Bolengetenge le secrétaire général d’Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi.

« Nous voulons des élections apaisées et crédibles. Avec Kadima, on ne les obtiendra pas », abbé Donatien Nshole

Quant aux églises catholique et protestante, qui concentrent 80 % des fidèles en RDC, elles sont elles aussi vent debout contre la désignation aux forceps de Denis Kadima. « C’est la toute première fois que la contestation d’un candidat à la présidence de la CENI a atteint les proportions prises dans le cas de Denis Kadima. Nous voulons des élections apaisées et crédibles. Nous sommes convaincus qu’avec Kadima, on ne les obtiendra pas », a prévenu le secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’abbé Donatien Nshole.

Du côté des mouvements citoyens, enfin, on hésite pas lancé un avertissement au pouvoir. « Kabila avait son armée, sa police, sa CENI, son Nangaa, ses machines à voter, ses millions pour débaucher et faire le lobby, son parlement, sa Cour constitutionnelle… Cela ne lui a assuré ni un troisième mandat, ni un glissement sans fin, ni même l’imposition de son dauphin », a tweeté La Lucha, l’un des principaux mouvements citoyens.

En RDC, l’Histoire est loin d’être écrite. En attendant, Félix Tshisekedi, déjà très minoritaire dans le pays, a réussi le tour de force d’élargir encore le front du mécontentement contre lui.