Beni : la société civile demande l’ouverture d’une enquête judiciaire contre le commandement des forces armées de RDC

Le président de la coordination provinciale de la société civile forces vives du Nord-Kivu, John Banyene Balingene © DR

Cela fait suite à un énième massacre de civils commis dans cette localité du Nord-Kivu samedi dernier. 

Ce mardi à Goma, les membres de la société civile du Nord-Kivu ont fait une déclaration sur l’insécurité endémique qui règne sur la province en général et sur la ville de Beni en particulier.

Dans une déclaration publique lue devant les médias, le président de cette organisation, John Banyene Balingene, a qualifié d’extrêmement préoccupante la situation sécuritaire au Nord-Kivu. Hier encore, dans la nuit du 24 au 25 septembre 2018, de présumés ADF ont fait incursion dans la commune rurale d’Oicha, ce qui s’est soldé par la mort d’un civil et l’enlèvement d’une dizaine des personnes.

Quelques jours plus tôt, samedi 22 septembre, une incursion attribuée également à de présumés ADF dans la ville de Beni a fait une vingtaine de morts parmi les civils et cinq chez les militaires, ainsi que 25 blessés environ parmi les civils, sans compter de très nombreux dégâts matériels. Les assaillants sont passés par les quartiers Kasinga, Paida, Kasabinyole pour se rendre jusqu’au TCB Mupanda dans la commune de Ruwenzori aux heures vespérales.

Autre exemple : le 11 septembre dernier, une bombe artisanale a été lancée dans un quartier résidentiel de la commune de Bungulu aux environs de 20h00 heure (heure locale). Un civil et un policier ont été blessés.

2 500 morts à Beni depuis octobre 2014

Il ne s’agit-là que des exemples les plus récents car à Beni et dans ses environs, ce type d’attaques se sont multipliées depuis octobre 2014. Le bilan s’élèverait aujourd’hui à plus de 2 500 morts.

Pour tenter de mettre un terme au calvaire enduré par la population, la coordination provinciale de la société civile forces vives du Nord-Kivu demande au conseil supérieur de la défense de la RDC de « s’installer temporairement dans le Nord-Kivu afin de prendre la mesure de la triste réalité sécuritaire de la province et d’y remédier, ainsi que d’ordonner la réévaluation de toutes les opérations militaires en cours depuis 2014 au Nord-Kivu en y associant la société civile, les chefs coutumiers et tous les élus du Nord-Kivu aux différents échelons, et reprendre la coopération militaire avec la Belgique et les autres partenaires internationaux. » Une demande faite alors que la Monusco, la force de l’ONU en RDC, est très présente sur place. Elle s’est cependant montrée totalement incapable, en dépit d’importants moyens, d’endiguer la spirale de la violence.

Autre requête formulée par la société civile du Nord-Kivu, cette fois-ci à l’endroit de l’auditeur supérieur militaire près la cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu: « ouvrir une enquête judiciaire à l’encontre du commandant des forces armées de la RDC ayant la responsabilité de la sécurité de la ville de Beni et, si possible, de le déférer devant la juridiction compétente, ainsi que suivre de près les agissements des commandants et de leurs troupes engagées dans les opérations militaires dans la province du Nord-Kivu. »

Les violences qui frappent la ville de Beni sont d’ordinaire attribuées aux ADF-Nalu, un groupe de rebelles originaires d’Ouganda. Cependant, l’attitude des autorités à la fois nationales et locales laisse perplexe de nombreux observateurs. Certains évoquent une passivité, d’autres une possible complicité de leur part dans cette série de massacres.