Après son discours creux au congrès… Joseph Kabila sera bien, d’une manière ou d’une autre, candidat à l’élection présidentielle le 23 décembre prochain en RDC

Joseph Kabila, le président (hors mandat) RD congolais, le 19 juillet 2018 lors de son discours devant le parlement réuni en Congrès © Presidence RDC

Ce jeudi 19 juillet, Joseph Kabila s’est exprimé devant le parlement réuni en congrès. Mais une fois de plus, il n’a rien dit sur ses intentions concernant l’élection présidentielle censée se tenir dans cinq mois en RDC. Et pour cause, le président (hors mandat) a élaboré deux stratégies possibles suivant l’évolution de la situation. Mais si dans l’un et l’autre cas les moyens diffèrent, le but, lui, reste le même : conserver le pouvoir, quoi qu’il arrive. 

Joseph Kabila n’entend pas quitter le pouvoir en RDC. En même temps, il fait face à une pression inédite, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, pour le faire renoncer à briguer un troisième mandat. Afin de résoudre cette difficile équation, le président (hors mandat) RD congolais a arrêté deux scénarii.

  • Dans les deux cas, Joseph Kabila a décidé de ne rien dire sur ses intentions jusqu’à la dernière minute, autrement dit de laisser planer le doute le plus longtemps possible sur son éventuelle participation à l’élection présidentielle. L’objectif : inciter les candidats de sa mouvance à déposer sans états d’âme leurs candidatures aux élections provinciales et législatives.

Si Joseph Kabila laisse planer le doute sur ses intentions, c’est afin d’inciter le plus grand nombre possible de candidats de sa mouvance à se présenter aux élections provinciales et législatives. Pour les premières, la date limite de dépôt des candidatures et fixée au 8 juillet ; pour les secondes, au 8 août. Afin de rassembler au-delà du seul PPRD, la famille présidentielle a suscité il y a quelques semaines la création d’une plateforme électorale, dénommée Front Commun pour le Congo (FCC), dont la vocation est de soutenir une éventuelle candidature de Joseph Kabila ou celle du dauphin qu’il aura désigné.

Point important : une fois le dépôt des candidatures pour les élections provinciales et législatives effectué, les candidats ne pourront plus changer d’étiquette politique. Ils seront donc tenus par leur choix initial, que Joseph Kabila se présente finalement bien ou pas. Or ces candidats seront beaucoup plus nombreux à s’engager sous la bannière présidentielle s’ils pensent que l’actuel président briguera un nouveau mandat. A tort ou à raison, ceux-ci estiment que le meilleur – ou le moins mauvais des candidats – à l’élection présidentielle dans leur famille n’est autre que Joseph Kabila, les autres n’étant à leurs yeux que des seconds ou des troisièmes couteaux qui pourraient bien les mener à une débâcle électorale.

  • Un parti politique, qui n’est pas le PPRD, déposera le dernier jour de la date limite de dépôt, soit le 8 août, la candidature de Joseph Kabila à l’élection présidentielle. Le même jour, le FCC déposera celle de son éventuel dauphin.

C’est le dernier jour de la date limite de dépôt des candidatures à l’élection présidentielle que les choses se joueront. Le mercredi 8 août, un parti politique, qui n’est pas le PPRD, présentera un dossier complet de candidature de Joseph Kabila. Une démarche qui est en effet possible selon la loi électorale RD congolaise. Joseph Kabila aura alors beau jeu de dire que ça n’est pas lui qui est à l’origine d’une telle initiative, pourtant cousue de fil blanc. Voilà pour le plan A.

Le même jour, le FCC déposera la candidature du dauphin putatif que Joseph Kabila aura désigné. A ce stade, d’autres noms que ceux évoqués jusqu’alors auraient les faveurs du président : Léonard She Okitundu, le vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères, qui présente, aux yeux des proches de Joseph Kabila, l’avantage d’être lisse et sans assise politique ; mais aussi les généraux récemment mis en retraite François Olenga et Didier Etumba, eux aussi dépourvus de toute assise populaire. Il s’agit du plan B.

Pourquoi deux scenarii ? Si la situation s’y prête, que la pression à l’intérieur et à l’extérieur du pays n’est pas trop forte, Joseph Kabila poursuivra son plan A. Dans cette hypothèse, la CENI, pour faire montre de son indépendance, invalidera dans un premier temps sa candidature, qui sera finalement repêchée par la Cour constitutionnelle qui, dans ses considérants, indiquera clairement que le fait pour Joseph Kabila de se présenter à la prochaine élection présidentielle ne constitue pas une violation de la Constitution. Celui-ci ayant toujours dit qu’il respectera la Constitution, il se déclarera alors officiellement candidat.

Dans le cas contraire, si la pression intérieure et extérieure est trop forte, Joseph Kabila renoncera à se présenter et enclenchera son plan B. il apportera son soutien au dauphin qu’il aura officieusement désigné (en août, voire en septembre).

En ce cas, comme indiqué plus haut, les candidats aux élections législatives et provinciales ne pourront plus changer d’étiquette partisane. Ceux qui se seront présentés pour soutenir Joseph Kabila (sous l’étiquette du PPRD, du FCC, etc.) seront donc contraints de concourir sous la bannière de la mouvance présidentielle, quand bien même certains estimeraient que leurs chances de l’emporter seraient bien moindres sans Joseph Kabila. Mais ce serait sans compter toutefois sur le fichier électoral et la machine à voter…

  • Quelle que soit la stratégie retenue (sa candidature ou celle de son dauphin), Joseph Kabila compte dans tous les cas sur la machine à voter et sur le fichier électoral pour s’imposer.

Pour remporter les élections, Joseph Kabila a tout prévu : une machine à voter (rapidement rebaptisée en RDC « machine à tricher ») et un fichier électoral vicié à plus de 25 % selon l’OIF. Un dispositif censé garantir la victoire à la mouvance présidentielle tant aux élections provinciales, législatives que présidentielle – quel qu’en soit d’ailleurs pour cette dernière, le candidat, Joseph Kabila ou son dauphin.

Pour parfaire le dispositif, le président (hors mandat) RD congolais s’évertue à verrouiller le processus électoral à la fois sur un plan politique (en excluant ici certains candidats – Moïse Katumbi notamment ; là en organisant la dispersion des voix de l’opposition), sur un plan juridique (la composition du Conseil constitutionnel, juge électoral en dernier ressort, vient d’être renouvelée) et sur un plan militaire (l’état major des FARDC a été remanié il y a quelques jours à peine).

  • Enfin, soit le président élu est Joseph Kabila et il amorce un nouveau mandat. Soit si c’est son dauphin, la famille présidentielle devant en même temps être reconduite avec une confortable majorité au Parlement, la Constitution pourra être modifiée pour permettre à terme à Joseph Kabila de retrouver son fauteuil.

Dans tous les cas, mais a fortiori dans celui où ce serait le dauphin de Joseph Kabila qui se présenterait, le processus électoral doit permettre d’élire ce dernier, mais aussi d’obtenir pour la mouvance présidentielle une majorité écrasante au Sénat (4/5ème des élus) et confortable à l’Assemblée nationale (300 députés sur 500). Ainsi, institutionnellement, tout serait alors en place pour pouvoir modifier la Constitution et permettre à Joseph Kabila de retrouver à terme son fauteuil de président.

A Kinshasa, on entend souvent que Joseph Kabila n’organisera pas d’élection à laquelle il ne participera pas. Il serait sans doute plus juste de dire qu’il n’organisera pas d’élection qui ne lui permettrait pas, d’une manière ou d’une autre, de conserver le pouvoir. Car, quel que soit au final le scénario retenu, qu’il brigue ou non un troisième mandat, Joseph Kabila entend bien demeurer le maître du pays.

Mais paradoxalement, la balle n’est plus aujourd’hui dans le camp de M. Kabila dont le schéma tactique est connu. Il est dans celui de la population et de l’opposition congolaises, de l’Eglise catholique et des mouvements citoyens, ainsi que dans celui des pays de la sous-région et de la communauté internationale qui semblent tous farouchement déterminés à contrecarrer les projets de celui que les Kinois ont rebaptisé du nom de Kabigula. Une référence à Caligula, le sanguinaire empereur romain qui, ivre de pouvoir, connu une fin tragique au premier siècle de notre ère.