Angola – RDC : ce que João Lourenço a (réellement) dit à Léonard She Okitundu

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Ce lundi 18 juin, le président João Lourenço a reçu à Luanda, la capitale angolaise, Léonard She Okitundu. Pour le vice-premier ministre RD congolais, chargé des Affaires étrangères, il s’agissait en réalité d’une mission de rattrapage.

En effet, Joseph Kabila, le président (hors mandat) de RDC, s’était bien engagé, il y a plusieurs semaines, à participer à une rencontre en Angola le dimanche 17 juin avec ses pairs, les présidents angolais João Lourenço (chargé en outre de la politique et de la sécurité au sein de la SADC), rwandais Paul Kagamé (président en exercice de l’Union Africaine), sud-africain Cyril Ramaphosa (par ailleurs président de la SADC), gabonais Ali Bongo (également président de la CEEAC), congolais Denis Sassou Nguesso (en outre, président du CIRGL) et Moussa Faki Mahamat, le président de la commission de l’UA.

Joseph Kabila attendu cette semaine à Luanda

Lors de leur entretien, dont le communiqué publié à l’issue ne donne comme à l’accoutumée qu’un pâle reflet, João Lourenço, visage fermé, a fait comprendre à son hôte du jour – qui s’est également entretenu avec son homologue angolais, Manuel Domingos Augusto – que ce n’était pas lui qui était attendu mais Joseph Kabila qui avait donné sa parole… d’officier.

Aussitôt après avoir pris connaissance de la teneur de cet entretien, ce dernier a fait a savoir qu’il se rendra en personne à Luanda « dans le courant de la semaine ». Dans la foulée, Joseph Kabila compte poursuivre sa route en direction de Prétoria, en Afrique du Sud, pour s’entretenir avec son homologue, Cyril Ramaphosa.

Outre le rappel que les élections seront organisées à bonne date (le 23 décembre prochain) et qu’il respectera la Constitution, Joseph Kabila pourrait pour la première fois s’engager fermement devant ses pairs à ne pas se représenter lors du prochain scrutin à condition que lui soient accordées des garanties suffisantes « en vue d’une sortie sécurisée ». Garanties que le chef de l’Etat RD congolais entend fermement négocier.

Certes, Joseph Kabila a beaucoup promis, mais a peu tenu. Cette fois-ci pourrait toutefois être la bonne car la pression diplomatique exercée par les voisins de la RDC (singulièrement, l’Angola, le Rwanda et l’Afrique du Sud) est d’une ampleur inédite (sans compter que c’est Paul Kagamé qui préside actuellement l’Union Africaine).

Est-ce pour cela que Joseph Kabila a pris soin de s’afficher ostensiblement aux côtés d’Augustin Matata Ponyo lors de sa dernière tournée dans l’est du pays, au Tanganyika et au Maniema la semaine dernière ? Certains voudraient le croire, même si les autres dauphins putatifs au sein de la MP ont eu du mal à digérer cette séquence, rappelant au passage l’affaire du détournement de 250 millions de dollars du parc agroalimentaire de Bukanga Lonzo, à moins qu’il s’agisse une fois de plus d’un faux-nez destiné à brouiller les pistes.

Quoi qu’il en soit, les Congolais devraient être rapidement fixés car l’heure de vérité approche. La date prévue pour le dépôt des candidatures à la prochaine élection présidentielle est fixée du 25 juillet au 8 août. A ce moment-là, Joseph Kabila, tel un joueur de poker acculé, n’aura d’autre choix que de dévoiler son jeu. A ses risques et périls.