Nord-Kivu : la tuerie qui a fait 13 morts et 14 blessés samedi dans la cité minière de Rubaya rappelle étrangement le mode opératoire utilisé à Beni

Suite à la tuerie samedi 6 octobre dans la cité minière de Rubaya (Nord-Kivu), treize corps ont été enterrés le lendemain en présence des autorités nationales et provinciales © DR

Samedi 6 octobre vers 18H30 (heure locale), des hommes munis d’armes à feu et d’armes blanches, dont des couteaux et machettes, ont attaqué la cité minière de Rubaya située dans le territoire de Masisi à environ 60 kilomètres à l’ouest de la ville de Goma. Reportage sur le terrain.

Le bilan est lourd. Douze civils ont été tués par balle ou par machette et un des assaillants, blessés, a été achevés par ses complices pour ne pas laisser de traces. « C’est la sixième fois que nous sommes attaqués par ces personnes et nous n’avons toujours pas de poste de police sur place à Rubaya », déplore un habitant qui a assisté à une partie de cette scène macabre dans son quartier. « Ils ont d’abord tué une femme du nom de Kavira dans son commerce d’alimentation. Puis, ils s’en sont pris à un homme qui buvait une bière dans ce commerce. Lui a reçu plusieurs balles. Il a été amené à l’hôpital », renseigne cet habitant.

Dimanche une délégation composée d’élus nationaux, ainsi d’un ministre et d’élus provinciaux (du Nord-Kivu), s’est rendue sur les lieux du drame pour exprimer ses condoléances à la population. Le ministre des mines du Nord-Kivu, qui conduisait cette délégation à Rubaya, a dressé un bilan très lourd de la tuerie. « Nous venons d’enterrer les corps. Au total, douze civils ont été tués, ainsi qu’un assaillant. On dénombre également 14 blessés qui ont été hospitalisés dans des hôpitaux à Masisi et à Goma », a indiqué Anselme Kitakya.

Plusieurs minutes après le début de la tuerie, les forces armées de la RDC (FARDC) sont intervenues pour repousser les assaillants, faisant un blessé qui a été aussitôt achevé par ses complices afin de ne pas laisser de traces. Avant de s’enfuir, ces derniers ont pris la peine de récupérer son téléphone, ainsi que ses pièces d’identité afin de compliquer son identification.

A Rubaya, aucune mesure de renforcement de la sécurité n’a été prise depuis 

Le mode opératoire utilisé lors de cette tuerie à Rubaya est étrangement similaire au mode opératoire des ADF à Beni, fait observer le député national Jules Mugiraneza, présent lors de la cérémonie d’enterrement dimanche. « Tous les témoignages convergent. Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions mais c’est tout de même très troublant », indique l’élu.

Parmi les députés présents dans la délégation, le député national élu de la ville Muhindo, membre de la plateforme Ensemble, Muhindo Nzangi, a vivement réagi à ce drame. « Ce n’est pas normal que, chaque jour, on enterre des civils. Hier, c’était à Beni ; aujourd’hui, à Rubaya. L’Etat ne parvient pas à assurer la sécurité des populations, ce qui est son premier devoir. Le régime actuel à démontrer son incapacité à endiguer la montée de la violence qui a pris des proportions terribles. Pour que la situation change, les dirigeants doivent changer », a-t-il déclaré.

L’ensemble des victimes de cette attaque ont été enterrées au lendemain du drame, le dimanche 7 octobre. Mais la veille, jusque tard, vers 18h00 environ (heure locale), le corps de l’assaillant achevé par ses complices gisait encore au sol. Après la cérémonie d’enterrement, les autorités nationales et provinciales s’en sont allées, laissant la population avec ses craintes et ses peurs. Ils ont seulement remis 40 dollars américains par victime pour l’achat du cercueil. A Rubaya, aucune mesure de renforcement de la sécurité n’a été prise.