Elections en RDC : où en est (vraiment) le déploiement de la machine à voter ?

Séance de démonstration par la CENI de la machine à voter en RDC le 10 octobre 2018 © CENI – Twitter

Alors que des élections générales (présidentielle, législatives et provinciales) doivent se tenir dans moins d’un mois, le déploiement des machines à voter a, contrairement aux affirmations de la CENI, pris un retard tel qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse être comblé d’ici au 23 décembre prochain. 

La semaine dernière, la CENI a assuré que 70 % des machines à voter avaient été déployées partout dans le pays en vue des élections. Une assertion, parfois prise pour argent contant dans certains médias, qui est très éloignée de la réalité. « Aussi bien du côté de la majorité que de l’opposition, les gens n’ont pas confiance dans le processus électoral car ils sentent un énorme décalage entre ce que la CENI dit et ce qui se passe sur le terrain […] Bien que la CENI dit que des machines à voter ont été déployées, personne ne croit plus désormais en la possibilité de tenir des élections un tant soit peu crédibles dans de tels délais », a expliqué à juste titre, la semaine dernière au micro de Radio Okapi, Bob Kabamba, professeur à l’Université de Liège en Belgique.

En effet, seules 35 000 machines à voter sur les plus de 105 000 qui sont censées être déployées partout dans le pays sont effectivement arrivées en RDC. Mais les panneaux solaires, qui doivent les alimenter, se trouvent encore en Chine. Une rallonge de 40 millions de dollars a été demandée pour les acheminer. Une somme qui n’a pas encore été payée à ce jour.

Autre problème : les batteries, déjà incorporées aux 35 000 machines livrées, non pas été testées.

En outre, la formation des personnels est très loin d’avoir été parfaite. Certes, 201 personnes ont déjà été formées en qualité de formateurs. A leur tour, celles-ci doivent recruter et former quelque 18 000 techniciens, un chiffre qui correspond au nombre de centres de vote répartis sur l’ensemble du territoire. Leur formation vient à peine de débuter. Elle est cruciale car chaque technicien sera chargé de superviser 5 bureaux de vote, distant d’un à cinq kilomètres chacun. Or ce sont ces techniciens qui seront chargés de former les 5 chefs de bureaux de vote se trouvant dans leur giron. 18 000 techniciens devront ainsi formés 90 000 chefs de bureaux de vote.

Enfin, la transmission des données de vote doit se faire par internet. Pour cela, les autorités comptent utiliser la 3G là où il y a une couverture. Mais dans les territoires où celle-ci est inexistante, des thurayas ont été commandés… qui ne sont toujours pas arrivés en RDC.

Dans ces conditions (35 000 machines à voter réceptionnées sur les plus de 105 000 attendues, sans moyen de les alimenter, avec des batteries non vérifiées et la formation des personnels loin d’être terminée [108 000 agents restent encore à former à ce jour…), sachant que les élections sont censées se tenir dans un mois, on voit mal, même avec la meilleure volonté du monde, comment les délais pourront être tenus.